04 décembre 2005
Nicolas Sarkozy juge qu'Alain Finkielkraut "fait honneur à l'intelligence française"
Le ministre de l'intérieur a assuré dimanche que sept procédures d'expulsion d'étrangers ayant participé aux émeutes dans les banlieues étaient "en train d'aboutir".
"Il y a 83 étrangers qui ont été arrêtés sur les 785 personnes déférées et mises en prison (...) Sur les 83, 40 étrangers font objet de protections particulières et sept procédures sont en train d'aboutir", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Ces personnes vont "vraisemblablement être expulsées". "Je ne comprends pas pourquoi ça fait débat, c'est la loi", a-t-il dit. (AFP)
Nicolas Sarkozy a jugé dimanche 4 décembre que l'intellectuel français Alain Finkielkraut, dont les propos avaient suscité une vive polémique après une interview à un quotidien israélien sur les émeutes en banlieue, faisait "honneur à l'intelligence française".
"M. Finkielkraut est un intellectuel qui fait honneur à l'intelligence française et s'il y a tant de personnes qui le critiquent, c'est peut-être parce qu'il dit des choses justes", a jugé Nicolas Sarkozy au grand jury RTL-LCI-Le Figaro.
Sept émeutiers étrangers en voie d'expulsion
Le ministre de l'intérieur a assuré dimanche que sept procédures d'expulsion d'étrangers ayant participé aux émeutes dans les banlieues étaient "en train d'aboutir".
"Il y a 83 étrangers qui ont été arrêtés sur les 785 personnes déférées et mises en prison (...) Sur les 83, 40 étrangers font objet de protections particulières et sept procédures sont en train d'aboutir", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Ces personnes vont "vraisemblablement être expulsées". "Je ne comprends pas pourquoi ça fait débat, c'est la loi", a-t-il dit. (AFP)
"Lui ne se croit pas obligé de défendre cette pensée unique qui n'a eu comme seul résultat de porter le Front national à 24 %", a poursuivi le ministre.
"Voilà le seul résultat de tous ces bien-pensants qui vivent dans un salon entre le café de Flore et le boulevard Saint-Germain, et qui s'étonnent que la France leur ressemble si peu", a-t-il poursuivi.
Dans un entretien paru dans le quotidien israélien Haaretz, M. Finkielkraut avait estimé que la crise des banlieues était "une révolte à caractère ethnico-religieux".
"Un Arabe qui incendie une école, c'est une révolte, un Blanc c'est du fascisme", ajoutait-il. "Bien sûr qu'il y a une discrimination, et il y a certainement des Français racistes, des Français qui n'aiment pas les Arabes et les Noirs et ils les aimeront encore moins maintenant quand ils prendront conscience de la haine qu'ils leur vouent" (...) L'idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L'antiracisme sera au 21e siècle ce qu'a été le communisme au 20e", disait encore M. Finkielkraut.
Il a ensuite présenté ses "excuses", tout en déclarant avoir été "victime d'amalgames". "Je présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessés (...) la leçon, c'est qu'en effet je ne dois plus donner d'interview, notamment à des journaux dont je ne contrôle pas ou je ne peux pas contrôler le destin ou la traduction", avait déclaré M. Finkielkraut.
Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) qui avait envisagé de porter plainte contre Alain Finkielkraut pour incitation et provocation à la haine raciale avait finalement renoncé à son action après ces excuses.
Avec AFP
29 novembre 2005
Violences en groupe et trafic de drogue : M. Sarkozy veut créer de nouvelles sanctions
Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a déclaré, lundi 28 novembre, lors d'une intervention devant les préfets qu'il avait l'intention d'apporter de "nouvelles réponses pénales" aux violences commises en groupes. Ses propositions, qui font suite aux émeutes urbaines, seront incluses dans le plan de prévention de la délinquance, qu'il doit rapidement remettre au premier ministre, Dominique de Villepin.
Il ne s'agirait pas de ressusciter la loi anticasseurs de 1970, assure-t-on au ministère de l'intérieur. Dénoncé par les syndicats et la gauche, qui l'avait abrogé en 1981, ce texte permettait de poursuivre tout participant à un rassemblement interdit sans qu'il ait nécessairement commis personnellement des violences.
"Cela contreviendrait au principe constitutionnel de l'individualisation de la sanction et de la responsabilité personnelle, objecte-t-on Place Beauvau. Mais il faut trouver une solution intermédiaire." Le ministère de la justice indique, lui, qu'aucun projet n'est à l'étude.
M. Sarkozy veut également mieux réprimer la consommation de drogue, et relance l'idée de changer la loi du 31 décembre 1970 sur l'usage de stupéfiants. Il avait déjà tenté de modifier ce texte, lors de son premier passage Place Beauvau, le premier ministre d'alors, Jean-Pierre Raffarin, ayant même promis une nouvelle loi. Mais la réforme a été abandonnée. M. Sarkozy entend remplacer les peines de prison, rarement prononcées pour les usagers, par des contraventions systématiques de 5e classe (jusqu'à 1 500 euros), qui apparaissent au casier judiciaire.
Ce projet viserait avant tout à réprimer la consommation "massive" de cannabis, selon le ministère de l'intérieur. "Le trafic de stupéfiants est souvent à la base de la délinquance (dans les banlieues)", indique-t-on. Le voeu du ministre est d'adopter des dispositions qui permettent de mettre les consommateurs "à disposition de la police judiciaire" pendant "quelques heures" afin de remonter les filières.
Enfin, M. Sarkozy affirme vouloir une nouvelle réforme de l'ordonnance de 1945 sur l'enfance délinquante, déjà modifiée en 2002. Un sujet que la chancellerie affirme "avoir en main".
Service Société
Nicolas Sarkozy fixe un objectif de 25 000 immigrés en situation irrégulière expulsés en 2006
Nicolas Sarkozy s'est présenté, mardi 29 novembre au Sénat, comme le pilote de la politique d'immigration du gouvernement. "La France ne veut plus de ceux dont on ne veut nulle part ailleurs dans le monde." Le ministre de l'intérieur a dévoilé la philosophie générale du projet de loi qu'il compte déposer au Parlement début 2006 : "maîtriser l'immigration subie pour développer une immigration choisie".
Il a fixé un objectif de 25 000 expulsions du territoire d'étrangers en situation irrégulière en 2006 :"Le nombre des mesures d'éloignement d'étrangers en situation irrégulière exécutées a fortement augmenté: 12 000 en 2003, 15 000 en 2004, nous dépasserons 20 000 en 2005, sachant qu'un objectif de 25 000 sera fixé en 2006." Le ministre a ajouté être "engagé dans une politique de reconduites systématiques". En septembre, Nicolas Sarkozy avait déjà demandé au préfet d'expulser 23 000 clandestins en 2005. Le ministre de l'intérieur a expliqué qu'il voulait éviter que la scolarisation des enfants ne devienne une "nouvelle filière" d'immigration illégale et a donc justifié l'expulsion de familles d'immigrants clandestins avec des enfants scolarisés en France, qui sera possible à la fin de l'année scolaire.
"ON VA ALLER ENCORE PLUS FORT"
Rappelant qu'il venait de prendre un décret pour faire payer par l'employeur d'un travailleur clandestin le prix du retour dans son pays qui "peut aller de 5 000 à 10 000 euros", Nicolas Sarkozy a assuré qu'il ferait de la lutte contre le travail illégal une "priorité". "Un certain nombre d'organisations disent 'Oh la la, n'allez pas trop fort'. On va aller encore plus fort", a-t-il assuré.
Il a jugé "notoirement sous-estimé" un chiffre d'un "flux" annuel de 13 000 immigrants illégaux, donné en 2004 par l'Institut national des études démographiques. Le ministre de l'intérieur estime plutôt entre 80 000 et 100 000 le nombre d'étrangers en situation irrégulière qui s'installent chaque année en France. Nicolas Sarkozy a également évoqué "une fourchette allant de 200 000 à 400 000 individus" concernant le nombre total de clandestins en France — estimation qui avait été donnée précédemment par Dominique de Villepin. "150 000 étrangers en situation illégale bénéficient de l'aide médicale d'Etat. A partir de là, on peut raisonnablement imaginer que leur nombre total est au moins deux fois plus important", a-t-il expliqué.
Il a jugé que " ces droits sociaux ne doivent pas être supérieurs en France à ce qui est prévu ailleurs en Europe. Ces droits sociaux ne doivent se concevoir que de manière provisoire, liée à une situation d'urgence et en attendant le retour dans le pays d'origine". "Le migrant clandestin n'a pas droit au séjour, mais il a droit à l'accès aux soins à travers l'aide médicale d'Etat, droit à la scolarisation de ses enfants, droit à l'hébergement d'urgence", a énuméré Sarkozy qui y a vu un "paradoxe". Il a en outre estimé que ce "quasi-statut" est pour partie à l'origine de la venue en France de clandestins.
RESTRICTION DU DROIT AU REGROUPEMENT FAMILIAL
Il a également confirmé sa volonté de "supprimer le lien automatique entre le mariage et le titre de séjour" pour les étrangers en situation irrégulière au moment de l'union. Cette mesure sera intégrée dans le projet de loi sur l'immigration qu'il doit présenter au Parlement. "La liberté de se marier avec un étranger en situation irrégulière est constitutionnellement protégée. Mais rien ne nous interdit de supprimer l'acquisition automatique d'un titre de séjour après le mariage !", a insisté le ministre. Il veut également que le droit au regroupement familial ne soit accordé que "lorsque les conditions de ressources et de logement sont réunies".
Regrettant les régularisations récentes de centaines de milliers d'immigrés par les gouvernements italien et espagnol qui ont créé selon lui "un appel d'air dans toute l'Europe", il a enfin estimé que les revenus des "filières criminelles" spécialisées dans l'immigration clandestine entre l'Afrique et l'Europe représentent "un quart à un tiers de celui du trafic international de stupéfiants". Ces "filières criminelles" entretiennent la"corruption dans les pays d'origine" et la "production de documents frauduleux qui servent à l'établissement de visas", a-t-il notamment relevé, assurant que "dans certains pays, 80 % des documents présentés à l'appui d'une demande de visas sont frauduleux". "Des personnes vendent tous leurs biens, s'endettent à vie dans la quête d'un eldorado. A l'arrivée, ces mêmes personnes trouvent l'enfer" et "l'exploitation (....) par des esclavagistes du travail illégal", a poursuivi Nicolas Sarkozy, qui a notamment cité "la restauration, le bâtiment, les emplois domestiques, l'agriculture".
Avec AFP et Reuters
28 novembre 2005
Nicolas Sarkozy veut réformer les lois sur l'usage de la drogue et les violences de groupe
Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé, lors d'une intervention devant les préfets, lundi 28 novembre, vouloir des lois apportant "de nouvelles réponses pénales" à la consommation de stupéfiants ainsi qu'aux violences commises en groupe. Il leur a fait part de son projet de "proposer au premier ministre des réformes" et a évoqué ces deux chantiers, qui seraient inclus dans le plan de prévention de la délinquance. Ce plan doit en effet être rapidement remis à M. de Villepin.
Sur la consommation de drogue, notamment sur le cannabis, M. Sarkozy confirme sa volonté de changer la loi de 1970. Lors de son premier passage Place Beauvau, une tentative s'était heurtée à l'opposition d'une partie du gouvernement. En lui succédant à l'intérieur, Dominique de Villepin avait écarté un tel changement législatif. Nicolas Sarkozy entend reprendre l'essentiel de ses propositions d'alors, notamment remplacer les peines de prison, rarement prononcées pour les usagers, par des contraventions systématiques de cinquième catégorie (allant jusqu'à 1 500 euros), qui apparaissent au casier judiciaire et permettent un traitement de la récidive.
A l'intérieur, on ne cache pas que ce projet vise avant tout à réprimer la consommation "massive" de cannabis, quand la loi de 1970 visait l'héroïne. "Le trafic de stupéfiants est souvent à la base de la délinquance dans les banlieues. Pour consommer, il faut de l'argent et quand on ne travaille pas, il faut s'en procurer par des méthodes que la loi réprouve", ajoute-t-on. L'intérieur souhaite que le nouveau texte, qui pourrait être examiné par le Parlement au printemps, permette de garder "quelques heures" les consommateurs "à disposition de la police judiciaire" afin de remonter les filières. Par ailleurs, la prison resterait possible dans certaines circonstances et pour certaines catégories d'usagers (policiers, enseignants, éducateurs...).
"MISE EN PLACE D'ÉTABLISSEMENTS À VERTUS PÉDAGOGIQUES"
Nicolas Sarkozy souhaite également une répression spécifique de la "violence en groupe". A l'intérieur, on assure qu'il ne s'agit pas de ressusciter la loi anti-casseurs de 1970, honnie par les syndicats et la gauche, qui l'avait abrogée en 1981, et qui permettait de poursuivre tout participant à un rassemblement interdit sans qu'il ait nécessairement commis personnellement des violences. "Il faut une plus grande certitude de réponse à l'acte délictueux, avec, par exemple, la mise en place d'établissements à vertus pédagogiques", assure-t-on à l'intérieur.
Accusé lors des émeutes d'avoir supprimé la "police de proximité" mise en place par la gauche, il a ajouté qu'il préférait la notion de "sécurité de proximité". "A ceux qui disaient 'retour à une police essentiellement préventive' qu'ils appellent abusivement 'police de proximité', je réponds 'sécurité de proximité'", a déclaré Nicolas Sarkozy.
"SORTIR DES GÉNÉRALITÉS"
Nicolas Sarkozy a insisté auprès des préfets sur la lutte contre l'économie souterraine, les appelant à "sortir des généralités". Il leur a demandé d'organiser une réunion mensuelle avec les magistrats et de mettre sur pied des "cellules mixtes ad-hoc" d'enquêtes, unissant tous les services concernés, pour "mettre hors d'état de nuire les équipes".
Il les a enfin appelés à "réduire les fractures" dans les quartiers difficiles qui ont connu près de trois semaines de violences. "Il va vous revenir de réduire ces fractures, de réconcilier, de redonner de l'espoir, de l'envie de vivre ensemble", a poursuivi le ministre, avant de demander aux préfets de se rendre "personnellement" dans ces quartiers.
Avec AFP
26 novembre 2005
Nicolas Sarkozy a reçu Lilian Thuram
25/11/2005
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a reçu Lilian Thuram vendredi soir, qui l'avait sévèrement critiqué pour le vocabulaire utilisé par le ministre sur les banlieues. Egalement membre du Haut Conseil à l'intégration (HCI), Lilian Thuram, accompagné jusqu'au perron par le ministre, n'a fait aucune déclaration à sa sortie de l'entretien.
Le 8 novembre, après plusieurs nuits d'émeutes dans les banlieues françaises, Lilian Thuram avait expliqué avoir été «énervé» par les propos de Nicolas Sarkozy. «Moi aussi, j'ai grandi en banlieue. Quand quelqu'un dit il faut nettoyer au Kärcher...Il ne sait peut-être pas ce qu'il dit, Sarkozy. Moi, je le prends pour moi. Qu'est-ce qu'il faut nettoyer? Moi aussi on me disait "Tu es une racaille". Mais je ne suis pas une racaille. Ce que je voulais, c'est travailler. Il n'a peut-être pas saisi cette subtilité», avait ajouté le joueur de la Juventus Turin selon qui «la violence n'est jamais gratuite». «Il faut comprendre d'où arrive le malaise. Avant de parler d'insécurité, il faut peut-être parler de justice sociale», avait-il poursuivi.
Deux jours plus tard, Nicolas Sarkozy avait vertement répliqué à Lilian Thuram: «Qu'est-ce qu'il vient faire Lilian Thuram là-dedans ? Lilian Thuram c'est un très grand champion de football qui gagne très bien sa vie et ce n'est pas un reproche. En quoi est-il concerné par cela ? Lilian Thuram, que je connais et que j'aime bien par ailleurs, ça fait bien longtemps qu'il n'habite plus dans ces quartiers», avait-il poursuivi.
(AFP)
24 novembre 2005
Sarkozy appelle au consensus sur son projet antiterroriste
AFP
23.11.2005 - 22:28
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a présenté mercredi aux députés son nouvel arsenal contre le terrorisme, les appelant au consensus sur un texte qui semble pouvoir recueillir l'assentiment des principaux groupes. Les députés doivent se prononcer le 29 novembre, pour une mise en oeuvre prévue d'ici à la fin de l'année. A plusieurs reprises, M. Sarkozy a qualifié la lutte contre le terrorisme islamiste de "guerre" dans laquelle doit s'engager "sans faiblesse" la France qui, a-t-il répété, est "menacée". "Nous ne sommes nullement à l'abri de cette guerre", il serait "irresponsable et illusoire de faire preuve d'angélisme", "les ingrédients de la menace existent, les scénarios d'actions violentes sur notre sol sont réels", il y a en France des "disciples de la violence", a dit Nicolas Sarkozy. A l'appui de son diagnostic, il a évoqué le communiqué du mouvement algérien, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui a désigné en septembre la France comme son "ennemi n°1", ainsi que le départ en Irak de candidats au djihad. Surveillance des départs vers les pays à risques, développement de la vidéosurveillance, renforcement des contrôles d'identité dans les trains, accès facilité aux fichiers, y compris hors procédure judiciaire: le ministre a justifié toutes ces mesures. Il s'est aussi employé à rassurer sur l'"équilibre entre les exigences de la sécurité et celles des libertés", énumérant les garde-fous prévus, notamment le réexamen par les députés en 2008 des mesures les plus sensibles, et promettant des "sanctions" pour les abus de pouvoir. A ses yeux, son projet se justifie par la "mutation" du terrorisme depuis le 11-Septembre et la nécessité d'agir "en amont". M. Sarkozy a dit sa "volonté consensuelle d'inscrire cette lutte" dans une "tradition" d'unité des forces politiques sur ce dossier. "Aucune majorité ne peut dire: +J'ai fait plus que l'autre+. Chacun a essayé de faire le mieux possible". L'ancien juge antiterroriste Alain Marsaud (UMP) a aussi appelé au consensus: "Recherchons ensemble les moyens les plus adaptés". A l'exception des Verts qui dénoncent un projet appelé à "réduire un peu plus (les) libertés", personne n'a explicitement annoncé un vote négatif, même si pour le PCF, Alain Bocquet a mis en garde contre le "renforcement d'un certain autoritarisme". André Gérin (PCF) a dit "partager le diagnostic" de Nicolas Sarkozy. Les socialistes décideront de leur attitude "la semaine prochaine", n'excluant pas un vote positif si leurs "propositions" étaient adoptées, a indiqué leur président de groupe, Jean-Marc Ayrault. Ils comptent demander des garanties (notamment concernant le rôle de l'avocat) sur le passage de quatre à six jours de la garde à vue antiterroriste, prévu dans un amendement UMP et sur un contrôle parlementaire des services secrets, demande partagée avec l'UMP et l'UDF. Tout en mettant en garde contre un "recul des valeurs", Michel Hunault (UDF) a fait état de l'accord de son groupe avec les grandes lignes du texte: "le consensus et le soutien dont vous allez bénéficier vous obligent, nous obligent." Tandis que la Commission nationale informatique et liberté (Cnil) a émis des réserves, le texte a été validé par le Conseil d'Etat. Il a en revanche fait l'objet de vives critiques par les associations de défenses des droits de l'Homme et les avocats.
Nicolas Sarkozy veut "prévenir et non subir" le terrorisme
Reuters
23.11.2005 - 19:13
PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a présenté aux députés son projet de loi de lutte contre le terrorisme, qui a pour objet "de prévenir et non de subir" la menace d'attentats en France. Les groupes UMP et UDF de l'Assemblée nationale ont annoncé qu'ils voteraient ce projet de loi, dont l'examen devrait s'achever vendredi -le vote sur l'ensemble du texte étant prévu mardi prochain. Le Sénat devrait s'en saisir à la mi-janvier. L'opposition s'est montrée prudente et les groupes socialiste et communiste arrêteront leur position mardi prochain, le premier hésitant entre un vote pour et l'abstention. "Nous ne sommes nullement à l'abri de cette guerre car ses instigateurs sont imprévisibles. Je vous le dis avec gravité: les ingrédients de la menace existent, les scénarios d'actions violentes sur notre sol sont réels", a averti le ministre de l'Intérieur. "Voilà pourquoi il serait irresponsable et illusoire de faire preuve d'attentisme ou d'angélisme face au spectre du terrorisme". "Prévenir le terrorisme et non le subir, parer les coups plutôt que panser les plaies, en un mot agir en amont des attentats potentiels en permettant une meilleure collecte des renseignements, voilà tout l'esprit de ce projet de loi", a précisé Nicolas Sarkozy. Son texte comporte une quinzaine d'articles, sur lesquels ont été déposés une centaine d'amendements. Il prévoit de porter de quatre à six jours la durée maximale de garde à vue en matière de terrorisme, prévoit de développer la vidéosurveillance en facilitant l'implantation de caméras et l'enregistrement des images. Il oblige les cybercafés à conserver pendant un an toutes leurs données et oblige toutes les compagnies de transports à fournir tous les renseignement dont elles disposent sur leurs passagers. Le projet de loi augmente le délai pendant lequel peut être prononcée la déchéance de la nationalité française, renforce la lutte contre le financement des activités terroristes par la procédure du gel des avoirs. Enfin le texte limite à trois ans l'application de certaines mesures prévues dans ce texte, une "clause de rendez-vous" étant fixée en 2008. DES AMENDEMENTS DURCISSENT LE TEXTE "Le but est simple: il s'agit d'élever notre garde face à tous ceux qui sont tentés, ou qui pourraient l'être, de frapper la France ou ses alliés", a insisté Nicolas Sarkozy, pour qui "ce projet de loi est le fruit d'un équilibre entre les exigences de la sécurité et celles des libertés". "Cet équilibre est confirmé par l'avis favorable du Conseil d'Etat", a-t-il conclu en réponse aux associations de défense des droits de l'homme, qui s'inquiètent de certaines mesures contenues dans le texte. La commission des Lois a adopté plusieurs amendements, dont certains, proposés par le rapporteur UMP du texte, l'ancien magistrat antiterroriste Alain Marsaud, visent à "muscler" davantage le dispositif. L'un des amendements propose de durcir la répression de "l'association de malfaiteur terroriste" en élargissant le champ d'application de la criminalisation. Un autre prévoit qu'en "cas d'imminence d'une action terroriste" ou si "les nécesssités de la coopération internationale le requièrent impérativement", le juge des libertés peut prolonger une garde à vue au-delà de la durée maximale prévue aujourd'hui (96 heures) pour une durée de 24 heures, renouvelable une fois, soit 144 heures en tout. Un amendement prévoit la création d'une Commission nationale de contrôle des services de renseignement, composée uniquement de parlementaires, comme c'est déjà le cas dans plusieurs grandes démocraties occidentales. Les présidents des groupes de l'opposition ont fait part de leur prudente réserve. "On souhaiterait être dans la situation de pouvoir voter ce texte parce que la question de la lutte contre le terrorisme est une question d'intérêt général (...) Nous avons fait plusieurs propositions, on verra. C'est au gouvernement de faire les gestes nécessaires. Notre position définitive n'est pas encore arrêtée", a dit à Reuters Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste. "Notre volonté c'est de combattre fermement le terrorisme et, en même temps, on va mettre en exergue les risques qu'il peut y avoir pour les libertés dans ce texte", a pour sa part déclaré à Reuters Alain Bocquet, président du groupe communiste et républicain (PCR). "Nous verrons à l'issue du débat. Nous nous prononcerons mardi prochain".
17 novembre 2005
La France selon Nicolas Sarkozy, par Piotr Smolar
Le cycle de violences urbaines qui secoue la France depuis le 27 octobre peut être analysé comme le match retour du 21 avril 2002. L'élection présidentielle avait révélé à quel point la nation était fracturée. A la lumière du débat sur la délinquance, les tendances anxiogènes de la société étaient déjà sous-jacentes, au point de liguer une partie des Français contre une autre. Les récentes violences urbaines, elles, ont permis de redécouvrir les handicaps abyssaux dont souffrent les banlieues. Elles ont aussi confirmé à quel point le modèle français craquait de partout.
Ce cycle conforte Nicolas Sarkozy dans son analyse sur l'état de la France, qui peut effrayer ou séduire. En tout cas, cette analyse contraste avec l'ivresse des mots sacrés — République, Citoyenneté, Justice, Pacte social, etc. — à laquelle succombent aussi bien des responsables de gauche que de droite et qui masque, souvent, l'absence de projet concret. Ainsi en va-t-il de l'idée d'octroyer le droit de vote aux immigrés dans les élections locales, formulée peu avant ces violences, qui a permis au ministre de l'intérieur de brouiller les pistes, comme il l'avait déjà fait en 2003 avec l'abolition de la double peine. Ce qui lui permet de lancer des oeillades à l'électorat traditionnel de la gauche.
Cette proposition est inspirée par une lecture de la société française, dans laquelle le terme de "nation" passe pour une aimable antiquité et la citoyenneté n'est plus sanctifiée.
Certains diront que M. Sarkozy veut calquer la France sur les Etats-Unis et ouvrir les vannes du communautarisme. Or le modèle américain ne repose pas uniquement sur des communautés juxtaposées, mais aussi sur un patriotisme puissant, mobilisateur, autour de valeurs intégratrices.
Ce patriotisme n'est pas dans la rhétorique du ministre de l'intérieur, qui aspire à "voir la France telle qu'elle est, pas telle qu'on la rêve". M. Sarkozy croit avant tout à la puissance et aux droits de l'individu. Dominique de Villepin, lui, opère un choix inverse, invoquant la République et la France à longueur de discours.
"La nation est une âme, un principe spirituel", disait Ernest Renan. C'était en 1882. M. Sarkozy n'est pas un grand pratiquant de ce "principe spirituel", comme s'il se méfiait de son caractère anachronique. Il lui préfère "les Français", la "société française" ou "l'opinion publique", dont il prend le pouls à travers mille sondages. Il ne s'agit pas d'un simple glissement sémantique. Le mot "nation" apparaît très rarement dans ses discours et quasiment jamais dans son livre-programme, Libre (éd. Robert Laffont, 2001).
Le ministre de l'intérieur a fait une exception notable, le 26 octobre, dans un discours sur la "discrimination positive à la française" : "La spécificité de notre nation est de savoir intégrer toutes les populations en une seule communauté de valeurs et de destin", a-t-il expliqué. En règle générale, M. Sarkozy n'emploie pas le terme de nation dans son acception première, celle d'une aventure et d'une adhésion collective, autour d'un passé, d'une langue et d'un territoire partagés. Il préfère établir une équivalence entre la nation et le pays, expression plus incolore.
Deux exemples récents l'illustrent. Le 7 septembre, lors de la convention de l'UMP sur le "nouveau modèle social", M. Sarkozy a avancé l'objectif de "faire des finances de la nation un levier de croissance." Dans un débat sur l'enseignement supérieur (Le Monde du 21 septembre), il évoquait "l'effort de recherche et de formation de la nation". Le contraste est évident avec l'utilisation du mot par Dominique de Villepin.
LE BON SENS POUR BOUCLIER
Pour M. Sarkozy, la France est composée de segments de population — en fonction de zones géographiques, de professions, de pratiques sexuelles, de couleurs de peau, etc. — aux aspirations parfois contradictoires, aux peurs différentes. Il estime que la politique moderne doit formuler des réponses spécifiques à chaque groupe. Toutes les demandes ne peuvent être satisfaites, mais aucune ne doit être négligée. Il faut se mettre à l'écoute du citoyen-client. D'autant plus que ce dernier est mécontent et envoie des messages : 21 avril 2002, référendum du 29 mai, etc...
L'intuition de M. Sarkozy sur les blocages de la société française et son discours de rupture politique prennent racine dans un constat : en trente ans, la composition de la nation a radicalement changé. Peu de responsables politiques ont pris acte de ce que le métissage était irréversible et que les citoyens à double culture se comptaient dorénavant en millions. La discrimination positive — même si le ministre de l'intérieur, évasif sur son contenu, la décline sous une approche géographique, moins polémique — est une arme de persuasion massive à l'égard de cette population. En revanche, la place centrale accordée à la politique de l'immigration — qui doit être "choisie" et non "subie" — montre aux Français dits "de souche" et aux immigrés déjà intégrés que l'Etat les protège contre les pauvres du monde frappant à leur porte. Diplômes exigés à l'entrée.
La création du Conseil français du culte musulman (CFCM) et l'aménagement souhaité de la loi de 1905 illustrent aussi cette analyse, au risque de réduire l'identité de ces citoyens d'origine maghrébine à leur pratique religieuse et de transformer toute volonté de réduire les discriminations en morcellement de la population. Y a-t-il encore une place, dès lors, pour un discours d'intérêt général, définissant un projet collectif ?
Le bouclier de M. Sarkozy est le bon sens populaire dont il se prévaut. Prétendant défendre le peuple, être à l'écoute de ses peurs et de ses envies, partager ses goûts et son langage, il fustige les élites. Mais cette logique est politiquement risquée. Au printemps, le référendum a rappelé aux responsables politiques que la nation constituait encore le cadre privilégié dans lequel les électeurs se définissaient ; c'est leur maison-refuge, même si ses murs se lézardent. Les Français désirent autant le changement que la préservation de leurs repères, de leur identité, de leur terroir. Ils veulent encore qu'on leur parle de destin, même si la réalité impose bien des deuils de grandeur.
PIOTR SMOLAR
11 novembre 2005
Nicolas Sarkozy "persiste et signe" contre les "voyous"
PARIS (Reuters) - Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a de nouveau dénoncé jeudi les "voyous" et la "racaille" responsables de l'insécurité dans les quartiers sensibles, se défendant de tout amalgame avec les jeunes.
"Ceux qui ont tiré à balles réelles à hauteur de tête sur les forces de l'ordre, ceux qui ont brûlé le bus où il y avait cette handicapée de 56 ans, (...) ceux qui ont caillassé un bus pour mettre à l'hôpital un gosse de 18 mois... Quand je dis ce sont des voyous ou des racailles, je persiste et je signe, et en aucun cas dans mon esprit, ça veut dire tous les jeunes", a-t-il déclaré dans l'émission "A vous de juger" sur France 2.
Nicolas Sarkozy faisait référence à des incidents survenus ces deux dernières semaines dans les quartiers sensibles, où 3.000 personnes ont selon lui été interpellées.
"Il faut arrêter de parler des jeunes, parce que parler des jeunes, c'est créer les conditions d'un amalgame odieux.
"Quand j'ai parlé de 'racaille', on a compris que j'étais déterminé à débarrasser nos quartiers de minorités qui rendent la vie impossible à la majorité", a insisté le ministre, reprenant des expressions qui lui ont été beaucoup reprochées ces dernières semaines.
Selon un sondage BVA pour Le Figaro et LCI, 56% des Français approuvent toutefois l'attitude du numéro deux du gouvernement.
De l'avis de Nicolas Sarkozy, la France vient de vivre "une crise parmi les plus difficiles qu'un gouvernement ait eu à affronter". Les violences qui secouent les banlieues chaque nuit depuis le 27 octobre ont conduit le gouvernement à prendre des mesures d'urgence prévoyant notamment le recours au couvre-feu.
"Les choses s'apaisent et ça ne veut pas dire que ça ne peut pas se reproduire", a prévenu le ministre. Il a insisté sur la nécessité d'une "politique de rupture avec ce qui a été pratiqué depuis 40 ans dans notre pays, et qui a échoué", ajoutant que la question ne pouvait être ramenée "au seul problème de l'argent".
Le changement passe selon lui par un retour des forces de l'ordre dans les banlieues. "On ne dira jamais assez les ravages du sentiment d'impunité pour une minorité de voyous", a-t-il dit, dénonçant "une minorité qui ne veut ni formation ni boulot et qui empoisonne la vie des autres".
"Il faut accepter que la police fasse son travail et sorte de ces cités des gens qui ne sont ni plus ni moins que des délinquants qui vivent d'une économie parallèle, qui empêche l'économie réelle de se développer dans ces quartiers".
LA POLICE DOIT ÊTRE IMPECCABLE
Le ministre a salué le travail des forces de l'ordre et assuré que "jamais les Français n'ont autant soutenu la police et la gendarmerie".
Evoquant la bavure qui a conduit jeudi à la suspension de huit policiers, il a affirmé avoir demandé à la police d'être "impeccable". "Je n'accepterai aucun débordement des forces de l'ordre."
"Quand on n'a rien à se reprocher, on n'a pas à avoir peur de la police", a-t-il répondu à des jeunes qui reprochent aux policiers de contrôler trop souvent les étrangers dans la rue.
Le ministre a souhaité avoir recours à la "discrimination positive" pour que les minorités soient mieux représentées au niveau des cadres dans la police.
Nicolas Sarkozy a évoqué le "problème considérable" de l'intégrisme dans les cités. "Les gens qui appellent à la violence et au meurtre sont aussi coupables que ceux qui la pratiquent". Il a aussi déploré que certains jeunes d'origine étrangère soient moins bien intégrés que leurs parents.
"Il y a plus de problème pour un enfant d'un immigré d'Afrique noire ou d'Afrique du Nord que pour un fils de Suédois, de Danois ou de Hongrois. Parce que la culture, parce que la polygamie, parce que les origines sociales font qu'il a plus de difficultés", a dit Nicolas Sarkozy, qui est lui-même d'origine hongroise.
"Je ne voudrais pas que dans cette crise, encore une fois, l'immigré devienne le responsable de toutes les situations", lui a répondu le socialiste Julien Dray. "La responsabilité, elle est d'abord et avant tout une crise sociale majeure qui a parqué les populations."
Nicolas Sarkozy, qui a demandé mercredi l'expulsion de tous les étrangers condamnés pour avoir participé aux violences de ces dernières semaines, a rappelé qu'être Français était une question de "droits" et de "devoirs".
"Si vous voulez avoir les droits des Français, vous devez en accepter les devoirs", a-t-il souligné. "Il faut arrêter de croire qu'on peut aider tout le monde, y compris ceux qui ne sont pas décidés à s'en sortir par eux-mêmes."
Reuters
10.11.2005 - 23:42
09 novembre 2005
M. Sarkozy demande l'expulsion des étrangers impliqués dans les violences urbaines
Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a demandé aux préfets d'expulser tous les étrangers condamnés dans le cadre des violences urbaines des treize dernières nuits, "y compris" les titulaires d'un titre de séjour, a-t-il annoncé, mercredi 9 novembre, à l'Assemblée nationale.
"J'ai demandé aux préfets que les étrangers, qui sont en situation régulière ou irrégulière, qui ont fait l'objet d'une condamnation, soient expulsés sans délai de notre territoire, y compris ceux qui ont un titre de séjour", a-t-il précisé."Quand on a l'honneur d'avoir un titre de séjour, le moins que l'on puisse dire c'est que l'on n'a pas à se faire arrêter en train de provoquer des violences urbaines", a ajouté le ministre.
Cent vingt étrangers, pas tous en situation irrégulière, ont été condamnés à ce titre, selon le ministre de l'intérieur lors des questions d'actualité à l'Assemblée nationale.
Avec AFP et Reuters





