10 novembre 2006
Propositions de Sarkozy sur l'environement
Source: UMP Nicolas Sarkozy a, à deux reprises lors des derniers mois, effectué des propositions importantes en matière d'environnement. |
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Nicolas Sarkozy veut concilier le libéralisme et la protection
Source:le monde
Entre le protectionnisme et la protection, je cherche un chemin équilibré", a plaidé Nicolas Sarkozy, dans un débat publié jeudi 9 novembre dans Les Echos (également disponible en audio sur le site du quotidien). Frédéric Bedin, directeur général du Public système, l'un des cinq acteurs économiques conviés à cette discussion, venait de demander au président de l'UMP si son projet de TVA sociale, en taxant les importations, ne constituait pas "un retour au protectionnisme". Sur ce point, comme sur d'autres, le très probable candidat a prôné une intervention étatique, tout en s'affirmant résolument "libéral".
Nicolas Sarkozy, candidat préféré des patrons, selon un sondage
Au moins 50 % des chefs d'entreprises voteraient pour le président de l'UMP au premier tour, selon une enquête à paraître jeudi dans L'Usine nouvelle, réalisée par OpinionWay auprès de 402 d'entre eux.
Au second tour, les patrons voteraient à 69 % pour Nicolas Sarkozy face à Dominique Strauss-Kahn. En cas de face à face avec Ségolène Royal, le président de l'UMP monterait à 72 % des voix.
A gauche, le candidat préféré des patrons sondés est Dominique Strauss-Kahn : 31 % d'opinions favorables, contre 19 % pour Ségolène Royal et 7 % pour Laurent Fabius. - (Avec Reuters)
Nicolas Sarkozy a plaidé pour une utilisation de la puissance publique, en réponse à une question sur les délocalisations d'Eric Moleux, PDG du groupe savoyard EM Technologies. "Je suis pour la conditionnalité des subventions et des aides", a affirmé M. Sarkozy, prônant leur remboursement par les entreprises "qui ne remplissent pas leurs obligations". "Ce n'est pas la même chose de licencier quand on est pris à la gorge et qu'on ne peut pas faire autrement et de délocaliser pour faire monter le CAC 40", a ajouté le président de l'UMP, prônant aussi une "modulation de la taxation des entreprises en fonction de leur politique de l'emploi".
Alors qu'on lui demandait comment il réagissait face aux fonds anglo-saxons qui s'intéressent aux entreprises françaises, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'"on a besoin d'un instrument financier public pour des prises de participation dans des entreprises stratégiques, dont la base et le cœur pourrait être la Caisse des dépôts".
EXONÉRATION FISCALE DES HEURES SUPPLÉMENTAIRES ET DES SERVICES À LA PERSONNE
Au niveau européen, Nicolas Sarkozy a également demandé plus de coopération entre Etats. "Je veux réintroduire la préférence communautaire (...) Ce n'est pas anormal qu'un continent se protège comme le font les Américains, les Japonais ou les Chinois", a affirmé le très probable candidat à l'élection présidentielle, dans un échange avec l'économiste Daniel Cohen. L'argument vaut aussi au niveau international, notamment à l'OMC, qui devrait être plus "politisée, dans le bon sens du terme" et cesser de "ne tenir aucun compte de règles environnementales et sociales". M. Sarkozy, qui se dit réticent à créer de nouvelles règles qui entravent les entreprises, propose encore une "taxe écologique" qui s'appliquerait aussi aux pays qui n'ont pas signé le protocole de Kyoto.
Dans le même temps, le président l'UMP a souhaité "réconcilier le pays avec le capital, la réussite et l'ambition". Dénonçant les 35 heures comme "le seul produit inexportable" français, il a proposé une exonération totale des charges sociales et des impôts sur les heures supplémentaires. Idem sur les services à la personne, qui devrait être totalement défiscalisé de l'impôt sur le revenu.
M. Sarkozy a rappelé son idée de "contrat de travail unique", moins protecteur au début, puis renforcé progressivement. Croyant à la "flexi-sécurité", M. Sarkozy a proposé d'augmenter les indemnités de chômage, à condition que "l'obligation de rechercher un emploi devienne beaucoup plus sévère".
Concernant le patrimoine, Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu'il prônait une "suppression des droits de succession", tout en précisant qu'il souhaitait le maintien de l'impôt sur la fortune. "L'égalité des chances, cela consiste à faire en sorte que l'enfant qui naît dans une famille qui n'a pas de patrimoine ait les mêmes chances de réussir qu'un autre", a-t-il justifié.
19 octobre 2006
Nicolas Sarkozy multiplie les gestes en direction du monde rural
Source: le figaro
Le président du parti majoritaire milite pour une « préférence communautaire » en faveur des agriculteurs européens.
PAS de « rupture » au programme agricole du candidat Sarkozy. Le chef de l'UMP a choisi de s'inscrire dans la continuité de Jacques Chirac devant les nombreux représentants du monde paysan qui ont assisté, hier, à la convention « Terres à vivre, terres d'avenir » organisée par son parti.
Nicolas Sarkozy connaît ses handicaps vis-à-vis de l'électorat rural. Mais ce n'est pas, pour lui, une raison de se contenter de sa place de quatrième parmi les présidentiables préférés des agriculteurs, derrière Philippe de Villiers, François Bayrou et Ségolène Royal. Ni de renoncer au registre de l'empathie, spécialité chiraquienne.
Enfant des villes, il a expliqué que « ce serait une erreur de penser qu'il faut être agriculteur pour parler de l'agriculture, rural pour parler du monde rural ». « Moi, j'ai l'ambition de parler de toute la France », a-t-il affirmé, en assurant qu'« il y a beaucoup à s'inspirer de la façon dont on vit dans la ruralité française, des valeurs que l'on a trop tendance à oublier en milieu urbain ». Ces valeurs tout public qu'il décline à chacune de ses interventions, et qu'il a encore énumérées hier en les adaptant à l'auditoire : « L'idée que, quand on ne se lève pas le matin, personne ne le fera à votre place, que l'on a ce que l'on mérite, la solidarité, une main qu'on doit tendre, le refus de l'indifférence ».
Ce corpus présente aussi, selon lui, l'intérêt non négligeable de le distinguer de la gauche. Adversaire, comme Jacques Chirac, du « découplage » entre les aides versées aux agriculteurs et leur production, il s'est échappé de son discours écrit pour mieux marquer sa différence avec le PS : « Le découplage, ça a du mal à passer ! Un agriculteur, c'est un producteur, un entrepreneur, pas un assisté. » « L'instauration d'un système où plus on produit, moins on gagne », le favori de la droite laisse ça « à Lionel Jospin, ok, à Martine Aubry, ok », et prévient qu'avec « Ségolène Royal, ça peut être pire » parce ce qu'elle est « on ne s'en aperçoit qu'à l'usage et après, ça peut être trop tard ». L'allusion à l'exercice d'autopromotion auquel s'est livrée la présidente de la région Poitou-Charentes pour se démarquer de ses challengers socialistes, lors de leur débat télévisé, a ravi l'auditoire.
Pour le reste, Nicolas Sarkozy a décliné à sa manière les thèmes chiraquiens, des plus récents aux grands classiques. À l'instar du chef de l'État, il considère la « préférence communautaire » comme un « principe fondateur » de la politique agricole commune (PAC), qu'il défend avec la même ardeur que Jacques Chirac. La PAC, a-t-il dit, « doit aller jusqu'au bout de ses engagements, elle doit être mieux expliquée, mieux défendue », tout en étant « plus simple, moins paperassière ». Comme Jacques Chirac aussi, il souhaite se battre dans le cadre de l'OMC contre « le dumping social, fiscal, sanitaire » des grands concurrents agricoles de l'Europe. Et dans le sillage du virage écologique du président, Nicolas Sarkozy est pour la « défiscalisation » des biocarburants et pour la création d'une « pastille bleue » qui attribue des avantages aux véhicules « propres ».
07 octobre 2006
Entrée à l'université : M. Sarkozy souhaite sélectionner les étudiants en fin de premier semestre
Source: le monde
Clôturant la convention UMP sur l'enseignement supérieur et la recherche, mercredi 4 octobre, à Paris, Nicolas Sarkozy a dévoilé les points forts de son programme en matière de réforme universitaire. "Il faut faire de l'université une priorité budgétaire", a affirmé le président de l'UMP, qui regrettait que "le budget par étudiant dans les universités françaises soit inférieur à celui d'un lycéen, et près de trois fois plus faible que celui d'un étudiant suisse ou américain".
PROPOSITIONS
Le projet de M. Sarkozy concernant l'enseignement supérieur :
Augmenter le budget de 50 % d'ici à 2012 ; accorder une "autonomie réelle" aux universités volontaires ; créer un service public de l'orientation ; permettre aux universités de réorienter en fin de premier semestre les étudiants aux résultats insuffisants ; doubler les places en IUT et licences professionnelles ; étendre l'attribution de bourses aux enfants de classes moyennes; créer des prêts à taux zéro pour les étudiants ; impliquer les régions dans l'amélioration de la vie étudiante.
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Pour combler ce handicap, M. Sarkozy s'engage à augmenter de 50 % le budget de l'enseignement supérieur d'ici à 2012, soit 5 milliards d'euros de plus qu'aujourd'hui. Cet effort n'aura pourtant, selon le patron de l'UMP, "aucun effet s'il continue d'alimenter un système qui conduit 45 % des étudiants à l'échec et tant de diplômés au chômage".
"LIMITES" AU FINANCEMENT
Pour lui l'amélioration du système passe par une orientation plus sélective des étudiants. M. Sarkozy souhaite notamment créer "un service public de l'orientation (...) mieux connecté avec le monde du travail". Il fournirait des informations sur les débouchés des filières et la qualité des enseignements. Les universités, de leur côté, devront donner au futur étudiant, au moment de son inscription, leur avis sur ses chances de réussite dans telle ou telle filière.
Cette piste de réforme rejoint la récente proposition de François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur, d'instaurer pour les lycéens un système de préinscription à l'université afin de les aider à s'orienter.
Mais le patron de l'UMP veut aller plus loin. Tout en affirmant la nécessité d'augmenter les capacités d'accueil de l'enseignement supérieur, il s'est prononcé pour "des limites" au financement de filières "sans débouchés". "Que des étudiants veuillent persister dans ces filières, c'est, après tout, leur droit. Mais ce n'est pas le rôle de la collectivité de les financer, encore moins de les inciter", a-t-il estimé.
Il s'est engagé sur un terrain sensible, celui de la sélection à l'université. Il a suggéré d'instaurer à l'université une "réorientation en fin de premier semestre pour les étudiants dont les résultats seraient insuffisants". L'autre levier par lequel pourrait se faire la réforme est celui de l'autonomie. Selon M. Sarkozy, "il y a là une vraie marge d'amélioration de notre système universitaire". Il propose aux universités qui le souhaitent de les "libérer du carcan administratif, centralisé et inefficace qui pèse sur elles".
AUTONOMIE
Dotées d'"un statut d'autonomie réelle", ces universités seraient "libres de créer ou de supprimer des postes", "de choisir leurs enseignants et leurs chercheurs", "de les rémunérer comme elles veulent", de "gérer leur patrimoine immobilier" ou encore "de faire des choix pédagogiques en lien avec leur environnement économique...", a énuméré M. Sarkozy. L'Etat conserverait la main sur les diplômes nationaux et se chargerait d'évaluer l'ensemble des universités.
Sur ce volet de l'autonomie, les présidents d'université devraient trouver dans les propositions de M. Sarkozy des éléments de satisfaction. Bien qu'inscrite dans la loi, l'autonomie des universités reste limitée dans les faits. Ce handicap est accentué par une gouvernance inadaptée qui repose sur la multiplication de conseils élus, dont les décisions sont souvent le fruit d'un compromis entre différents groupes de pression.
"L'autonomie donnera une (...) responsabilité aux présidents d'université, qui pourront définir une (...) stratégie pour leur université et en seront (...) responsables en cas d'échec", considère Yannick Vallée, vice-président de la Conférence des présidents d'université.
Les pistes du candidat UMP visant à orienter, voire à sélectionner, les étudiants devraient, en revanche, lui attirer des critiques. Même si un sondage dans Le Pèlerin du 5 octobre annonce que 61 % des Français sont favorables à une sélection à l'entrée à l'université, dont 56 % des 18-24 ans, M. Sarkozy risque de provoquer la colère des organisations étudiantes.
Catherine Rollot
16 septembre 2006
La carte scolaire est devenue l'instrument de la ségrégation sociale, par Nicolas Sarkozy
Source: le monde
Le président de l'UMP brosse le bilan de cet outil créé en 1963 et demande sa suppression. Il propose d'accorder leur autonomie aux établissements scolaires, de créer un organisme chargé de les évaluer et de faire aider davantage par l'Etat les écoles en difficulté.
En février 2006, lors de la convention éducation de l'UMP, j'ai soulevé, parmi d'autres questions, celle de la carte scolaire. Plus de quarante ans après sa mise en place, il n'est quand même pas incongru d'en dresser le bilan.
Je suis heureux que cette question taboue soit devenue, en quelques mois, un sujet de débat politique, une préoccupation gouvernementale et même, semble-t-il, un thème de la campagne interne des socialistes. Afin d'éviter qu'on ne déforme ma pensée, je souhaite rappeler ici dans le détail les propositions que j'ai formulées.
La carte scolaire a été créée en 1963. Elle part du principe que la meilleure manière de garantir l'égalité des chances est d'uniformiser les établissements et d'y répartir les élèves de manière autoritaire afin de créer de la mixité sociale.
La première idée ne correspond plus aux besoins de l'école aujourd'hui. L'école accueille des publics plus nombreux, plus divers, qu'elle mène à des niveaux de qualification plus élevés. Elle ne peut plus le faire dans les mêmes conditions qu'à l'époque où une sélection sévère, parfois brutale, se chargeait d'écarter ceux qui semblaient inadaptés. Chaque enfant est différent. Les uns excellent en langues, les autres en sport, certains travaillent seuls, d'autres ont besoin d'être encadrés. Combien de parents, dans tous les milieux sociaux, ont eu parfois ce sentiment que l'école, parce qu'elle est trop monolithique, ne savait pas comprendre l'intelligence de leur enfant? La seconde idée est juste et elle n'a pas pris une ride. Toutes les études sérieuses le démontrent : les principaux facteurs de réussite des élèves sont, dans l'ordre, la qualité pédagogique des enseignants et la mixité sociale, loin devant le nombre d'élèves par classe. Mais la carte scolaire, qui était effectivement autrefois l'outil de la mixité, est devenue l'instrument de la ségrégation.
L'incapacité des pouvoirs publics à moduler réellement les moyens des établissements en fonction des difficultés rencontrées par les élèves a progressivement creusé des différences profondes entre les établissements.
Différence de niveau, qui peut varier de 30% à composition sociologique comparable. Différence d'ambition, puisque 50% des lycées n'envoient jamais aucun dossier d'élève pour l'inscription en classe préparatoire.
Différence d'horizon, puisque les établissements situés dans les quartiers les plus défavorisés sont devenus de véritables ghettos où le seul effet de la carte scolaire est d'y concentrer les élèves le plus en difficulté quand il faudrait au contraire les répartir dans d'autres établissements.
Ces constats ne sont pas le fruit de mon imagination, mais ont été dressés par des expertises unanimement saluées. Face à cette situation, certaines familles peuvent s'émanciper de la carte scolaire en faisant le choix du privé, en s'installant dans des quartiers huppés, ou tout simplement en contournant la carte par la mobilisation de leur réseau relationnel. 30% des enfants sont ainsi scolarisés en dehors de leur collège de rattachement. Les autres sont tenus de se plier à une règle qui vaut pour les uns, mais pas pour tout le monde.
Cette réalité est choquante. Elle est contraire aux principes les plus essentiels de l'école républicaine, laïque, gratuite et égalitaire. La carte scolaire se voulait un instrument de justice. Elle est devenue le symbole d'une société qui ne parvient plus à réduire ses injustices parce qu'elle n'ose pas s'interroger sur ses outils. Devant ce constat, je formule trois propositions.
La première est de donner de l'autonomie aux établissements scolaires pour leur permettre de mettre en œuvre des projets éducatifs spécifiques. Cette méthode a fait ses preuves. Les établissements qui ont les meilleurs résultats pour tous leurs élèves sont ceux qui ont su créer une dynamique de réussite grâce à un projet spécifique. C'est en mettant de la diversité dans les méthodes, sans renoncer bien sûr au caractère national des programmes et des évaluations, que l'on permettra à chaque enfant de trouver une solution lui permettant de grandir et de s'épanouir.
Qui dit autonomie dit évaluation. Je propose que nous nous dotions d'un organisme d'évaluation de chaque établissement scolaire. Il doit s'agir d'évaluations détaillées, allant bien au-delà de la seule mesure des résultats des élèves, et s'intéressant également à la qualité du projet éducatif, à sa capacité à faire progresser tous les élèves, à l'ambiance au sein de l'établissement, etc. Ces évaluations aideront les établissements à remédier à leurs insuffisances. Elles seront évidemment à la disposition des parents.
Enfin, qui dit évaluation dit engagement de l'Etat à aider les établissements qui ont des difficultés à améliorer leurs performances. Le but n'est pas de désigner à la vindicte les établissements ayant des résultats insuffisants, mais de garantir une qualité éducative pour tous.
La conséquence logique de ces propositions, c'est le libre choix par les parents de l'établissement scolaire de leur enfant. A partir du moment où chaque établissement propose un projet spécifique, il est normal que les parents puissent choisir l'établissement qui correspond le mieux à leur enfant. Cette réforme ne peut pas intervenir du jour au lendemain. Certaines conditions doivent être préalablement remplies. Elle suppose de profondes transformations de notre système scolaire. Mais c'est le projet vers lequel je propose de tendre.
Certains demandent : "Si l'on supprime la carte scolaire, par quoi la remplacera-t-on?". Je leur réponds : "Mais par rien! Ou par un système d'inscription dans, par exemple, trois établissements au choix." La carte scolaire a été supprimée dans presque tous les pays de l'Union européenne. Dans tous ces pays, aucun élève n'est scolarisé dans un établissement que sa famille n'a pas choisi parce que les établissements sont à la fois divers dans la méthode, mais égaux dans la qualité. Il n'y a pas de sélection selon le niveau scolaire ou l'appartenance sociale, mais une répartition finalement assez naturelle des élèves selon le projet d'établissement qui leur convient le mieux.
Supprimer la carte scolaire est pour moi un aboutissement, pas un préalable. Mon projet n'est pas plus de liberté pour les uns, moins de liberté pour les autres. Cela, c'est le système existant. C'est au contraire la qualité éducative pour tous, un objectif difficilement contestable. La carte scolaire n'aura alors plus de raison d'être puisque tous les établissements seront de qualité. Ceux qui pensent que ça ne peut pas marcher sont tout simplement ceux qui n'ont pas confiance dans la capacité du corps enseignant et de l'école républicaine d'y parvenir. Pour ma part, je sais que le système éducatif et les enseignants ont toujours été les moteurs d'une société plus juste et je veux leur donner les moyens de le redevenir.
10 septembre 2006
M. Sarkozy : "J'aime l'énergie et la fluidité de l'Amérique"
Source: le monde
Comment réagissez-vous aux critiques de vos adversaires, qui font de vous un candidat proaméricain ?
Si, après vingt-cinq ans de vie politique, le seul reproche sérieux que l'on trouve à me faire est d'être trop proche d'un pays avec lequel nous n'avons jamais été en guerre, d'un pays avec lequel nous avons lutté dans le passé pour éradiquer le nazisme et avec lequel nous luttons aujourd'hui pour vaincre le terrorisme, je me sens capable de l'assumer. Voici un pays qui connaît le plein-emploi depuis près de quinze ans, un pays où la croissance économique est chaque année supérieure à la nôtre d'un point ou d'un point et demi, un pays où la démocratie combine harmonieusement l'alternance et la stabilité politique. Enfin, un pays qui, en matière d'intégration, montre l'exemple : la moitié des Prix Nobel y sont d'origine étrangère.
Je ne suis pas un admirateur aveugle des Etats-Unis. Mais tout observateur de bonne foi devrait considérer que c'est un bilan qui n'est pas honteux, et que nous n'avons aucune raison d'être fâchés avec le peuple américain.
Faudrait-il être antiaméricain pour séduire les Français ?
C'est une idée reçue, colportée par une petite élite française déconnectée de la réalité. Je suis moins persuadé que vous semblez l'être qu'il y ait une détestation des Français à l'égard de l'Amérique. Les films américains, la musique, l'American way of life plaisent aux Français et à la jeunesse. Ils les font rêver. TF1 vient de supprimer le traditionnel film du dimanche soir au profit de séries américaines. Et on viendrait m'expliquer qu'être ami des Américains est un problème en France ? Disant cela, je vais sans doute accroître l'aigreur de ceux qui considèrent que les sociétés russe ou chinoise sont plus aimables.
Vous ne pouvez nier que l'Irak a affecté profondément la relation franco américaine.
La crise de 2003 a été, de mon point de vue, la plus importante que la France ait vécue avec les Etats-Unis depuis 1966 et le départ des Américains de leurs bases en France à la demande du général de Gaulle. La crise née de la guerre d'Irak était grave, parce qu'elle était émotionnelle. Les Américains ont eu le sentiment d'être abandonnés par une nation dont ils se sentaient proches par l'histoire et par les valeurs.
Justement, fallait-il provoquer cette crise ?
Je ne juge pas la méthode. Mais, sur le fond, j'approuve Jacques Chirac d'avoir averti la communauté internationale et les Américains des risques d'une guerre en Irak. Aujourd'hui, on en voit une des conséquences : débarrassé de son rival historique, l'Iran se déploie comme une puissance régionale dont je n'ai pas le sentiment qu'elle soit apaisante !
Lorsqu'on est un allié, peut-on mettre son veto à une décision américaine ?
La menace du droit de veto était inutile, d'abord parce qu'il n'y aurait pas eu, de toute façon, de majorité pour la guerre au sein du Conseil de sécurité, ensuite parce qu'il a conduit à un sentiment d'humiliation aux Etats-Unis. Cela étant, ce n'est pas parce que l'on est fondamentalement amis que l'on est voué à être d'accord sur tout. Allié ne veut pas dire rallié. C'est justement la base de notre malentendu. Au fond, nous nous ressemblons beaucoup dans nos ambitions. La France et l'Amérique ont mis l'universalisme de leurs valeurs au coeur de leur stratégie internationale, considérant qu'elles étaient si fondamentalement bonnes ou si fondamentalement raisonnables qu'elles avaient vocation à irriguer le monde. Je sais ce que le côté messianique des Américains peut avoir d'agaçant. Mais nous le sommes aussi lorsque nous prônons le triomphe de la raison.
Comment peser sur l'Amérique ? Par le dialogue ou par l'opposition frontale ?
Je plaide pour une autonomie et une liberté de parole complètes vis-à-vis des Etats-Unis. La France ne doit être le vassal de personne. Toutefois, plus on manifeste un désaccord sur le fond, plus on doit être attentif à la forme. J'assume l'idée que les démocraties doivent être alliées. Ce qui s'est passé le 11 septembre 2001 à New York aurait pu se produire à Paris.
Cette crise a-t-elle eu une influence, dans le domaine de la sécurité, par exemple ?
Au pire de la crise, nos services de renseignement collaboraient de façon exemplaire. C'était donc la preuve que nous étions à la surface des choses. Mais cette crise a été si médiatisée que j'ai parfaitement conscience qu'elle a laissé des traces. C'est d'autant plus dommageable que la France est le deuxième investisseur aux Etats-Unis, avec 150 milliards de dollars (120 millions d'euros), que 3 000 sociétés françaises sont présentes sur le territoire américain, qu'elles emploient directement ou indirectement 600 000 travailleurs américains et que, chaque jour, 1 milliard de dollars s'échangent entre la France et les Etats-Unis.
L'Europe que vous défendez est-elle inféodée à l'Amérique ?
En aucun cas et d'aucune façon ! Comment pouvez-vous me demander une chose pareille ? Qui voulait de la Turquie en Europe ? Le président Bush. Et vous me demandez si je suis aligné sur les Américains ! C'est vous qui étiez alignés sur les Américains, vous, Le Monde, en me traitant de populiste parce que j'étais opposé à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Voilà un sujet majeur où je me suis frontalement opposé - parce que je suis attaché à l'Europe politique - à une stratégie américaine. Pour autant, dois-je refuser de me rendre aux Etats-Unis parce que George Bush confond l'OTAN et l'Europe ? Ce pays ne se réduit pas à la personnalité de tel ou tel de ses dirigeants, et il n'est pas anormal, quand on est un responsable politique, de vouloir connaître, comprendre et dialoguer avec des alliés naturels.
La pratique présidentielle américaine peut-elle vous inspirer ?
C'est une démocratie qui fonctionne. La limitation des mandats permet, là encore, de la fluidité ainsi qu'un renouvellement de la classe politique que l'on aimerait retrouver dans la vie politique française. Le Congrès, devant lequel le président rend des comptes tous les ans, y dispose d'un vrai pouvoir de contrôle et d'enquête. Il y a à peine quinze ministres pour un pays de 300 millions d'habitants, et les ministères ne changent pas d'intitulé à chaque alternance.
Qu'aimeriez-vous importer de l'Amérique vers la France ?
J'aime l'énergie et la fluidité de l'Amérique. Ce sentiment que tout est possible. Cette impression - peut être artificielle - que des sagas sont possibles, qu'on peut partir du bas de l'échelle et monter très haut, ou bien le contraire. L'affaire Enron est fascinante et est morale. Les Etats-Unis ne permettent pas uniquement la réussite d'un Bill Gates, c'est aussi un pays qui sait sanctionner les erreurs.
Et ce que vous n'aimez pas ?
Le socle social minimum ne permet pas à des millions de gens de vivre décemment. Je n'aime pas cette brutalité. Je ne me reconnais pas non plus dans cette institutionnalisation systématique des racines. Ces communautés se rattachent à un drapeau, à un hymne et à des images, mais pas à une République. Les Américains ont les symboles de la nation, mais en ont-ils toujours les convictions communes ? Enfin, me déplaît le manque d'intérêt pour les affaires du monde, au regard duquel chaque Français passe pour un spécialiste de politique étrangère.
Propos recueillis par Patrick Jarreau, Arnaud Leparmentier et Philippe Ridet
03 septembre 2006
Le "libéralisme populaire" de Nicolas Sarkozy reste à définir
Source: le monde
Ni Thatcher ni Reagan" : c'est Nicolas Sarkozy lui-même qui, lors d'un meeting en Touraine le 6 juillet, avait annoncé l'abandon du thème de la rupture économique. Deux mois plus tard, réunis en marge de l'université d'été de l'UMP pour une nouvelle réunion d'élaboration du programme, samedi 2 septembre, les membres de son état-major politique espéraient en apprendre un peu plus sur le nouveau point d'équilibre du probable candidat à l'élection présidentielle.
Depuis plusieurs semaines, le message du président de l'UMP s'est brouillé. Le ton gaulliste social de ses derniers discours de Douai, Nîmes et Agen a surpris ses partisans les plus libéraux attachés au thème de la rupture popularisé par le président de l'UMP. Son silence lors des arbitrages budgétaires de rentrée de Dominique de Villepin a été interprété comme un soutien au recentrage en faveur des familles modestes. A l'inverse, sa nouvelle proposition en faveur de l'exonération générale des droits de succession fait actuellement l'objet de vifs débats chez ses proches, qui l'estiment fortement inégalitaire.
Renaud Dutreil, l'un des quatre ministres nouvellement admis dans le cercle de réflexion sarkozyste, a un début d'explication : "Nicolas veut gagner, il doit donc rassembler et élargir. Peu importe par exemple la sincérité de son discours gaulliste social d'Agen. Le pragmatisme est sa marque." Ses partisans n'en sont pas moins perplexes. Patrick Devedjian, son conseiller politique, n'a pas encore digéré la forte hausse de la prime pour l'emploi (PPE) décidée par le premier ministre, mais avalisée par l'UMP. "Le problème, c'est de savoir jusqu'où va-t-on dans la subvention par l'Etat des bas salaires, s'interroge-t-il. Avec un treizième mois financé par l'Etat, via la PPE, et les 22 milliards d'euros d'allégements de charges au profit principalement de grands groupes qui ne créent pas d'emplois, c'est une véritable déresponsabilisation des chefs d'entreprise."
En cette période d'incertitude sur la ligne du candidat, les plus libéraux font le dos rond. Opposé à la hausse de la PPE parce qu'elle "n'est pas lisible, on ne sait pas combien on touche, ni quand on la touche", leur chef de file auprès de Nicolas Sarkozy, le député d'Indre-et-Loire Hervé Novelli estime malgré tout "que le gouvernement a eu raison de déminer l'examen du budget 2007" qui introduit le bouclier fiscal et la réduction du nombre de tranches de l'impôt sur le revenu. N'empêche, admet M. Novelli, "rassembler tout son camp ne doit pas conduire Nicolas à rejeter ce qui a fait son succès auprès des Français, la volonté de rupture".
De même, sur la question des déficits publics et des impôts, source de clivage, Nicolas Sarkozy a assoupli sa ligne. "Notre nouveau mot d'ordre, c'est l'efficacité économique. Il ne s'agit pas de baisser les impôts par idéologie mais de le faire de manière ciblée pour stimuler l'économie, par exemple en aidant les petites entreprises", explique Patrick Devedjian. Dans cette ligne, Renaud Dutreil en appelle à une politique qui favorise les "entrepreneurs qui créent de la richesse" mais encadre plus sévèrement les "managers : ces cadres qui ne prennent pas de risques et partent avec des stock-options" et qui constituent selon lui une "hyperbourgeoisie mondiale".
La baisse du déficit budgétaire n'est plus présentée comme une fin en soi. Pendant l'été, M. Sarkozy a déclaré que "la nécessaire lutte contre les déficits n'a aucune chance d'être remportée si elle constitue l'alpha et l'oméga de toute notre stratégie économique". "L'idée, c'est plutôt de retrouver des marges de manoeuvre, en réduisant les dépenses inutiles, parce que nous croyons à l'action de l'Etat", explique M. Devedjian.
De nombreuses questions restent ouvertes : ainsi la proposition de M. Sarkozy d'instaurer une exonération générale des droits de succession, en deçà d'un certain plafond, divise ses troupes. Nicolas Sarkozy semble s'agacer de ces interrogations. Interrogé par le Figaro Magazine du samedi 2 septembre sur la division au sein de l'UMP concernant cette question, il répond : "J'avoue ne pas tout comprendre (...). J'ai proposé la suppression des droits de succession pour une majorité de Français. J'estime que, quand on a travaillé toute sa vie, on a le droit de donner à ses enfants le produit de son labeur."
Pourtant, M. Sarkozy n'est pas intervenu pour soutenir le ministre du budget, Jean-François Copé, qui a proposé, en vain, de supprimer les droits de succession au profit du conjoint survivant dès le budget 2007.
Beaucoup ont donc compris que Nicolas Sarkozy hésite encore sur le point d'équilibre de sa politique économique. C'est le cas du ministre de l'emploi, coprésident du Parti radical, Jean-Louis Borloo : "La droite sociale étant majoritaire dans ce pays, ce sont ceux qui sont en adéquation avec cette aspiration forte de nos concitoyens qui remporteront le débat à droite." Doublé sur sa gauche par son successeur au ministère de l'emploi, l'un des "premier-ministrables" de M. Sarkozy, François Fillon, lui répond dans Le Figaro Magazine du 2 septembre : "il me semble que l'endettement de la France est tellement élevé que l'augmentation de la dépense publique pour lutter contre le chômage ne peut pas être une solution." En Touraine, le 6 juillet, Nicolas Sarkozy, lui, avait donné un nom à sa future politique économique : "le libéralisme populaire".
C. JA.
01 septembre 2006
Devant l'université d'été du Medef, Nicolas Sarkozy lance le débat sur le droit de grève
Source: le monde
Il a choisi son public, celui des patrons réunis à l'université d'été du Medef, à Jouy-en-Josas (Yvelines), lors de la séance de clôture, jeudi 31 août. Nicolas Sarkozy a aussi choisi son thème, le droit de grève : "Lorsqu'il y a un conflit et une grève, dans une entreprise, une université ou une administration, la loi doit prévoir que, dans les huit jours, soit organisé un vote à bulletins secrets pour en finir avec la dictature de certaines minorités", a-t-il déclaré.
Ce n'est pas la première fois que le ministre de l'intérieur lance cette idée. Il l'avait fait une première fois, cet hiver, lors d'une convention de son parti consacrée au "droit au travail". Elle est en général assortie d'une refonte des règles de la représentation syndicale, héritée de l'après-guerre. Il l'a reprise régulièrement devant les assemblées de nouveaux militants, s'attirant les applaudissements de son public, tout comme lorsqu'il fustige la grève dans les établissements scolaires.
VERS SON AILE DROITE
A l'heure où le débat se focalise autour de lui entre les libéraux et les sociaux de l'UMP - les premiers reprochant à M. Sarkozy de trop céder aux seconds -, le futur candidat, qui élabore son programme, semble faire, en réitérant cette proposition, un pas vers son aile droite. Il ne lui déplaît pas non plus d'être le seul, ou presque, à avancer sur un terrain délicat où, pense-t-il, même Ségolène Royal aura du mal à le suivre.
Avec cette proposition refaite, jeudi, devant un auditoire acquis à ses thèses - au point que le premier secrétaire du PS, François Hollande, a qualifié le numéro un de l'UMP de "président du Medef" -, M. Sarkozy avance en terrain miné et devra préciser le contenu de cette déclaration de tribune : modifier les règles du droit de grève en inscrivant dans la loi le vote à bulletins secrets "au bout de huit jours".
"Ce projet, aussi vague soit-il, est une atteinte au droit constitutionnel de grève", fait ainsi valoir Arnaud Lyon-Caen, avocat au Conseil d'Etat. Ce droit constitutionnel est "individuel", précise le magistrat, et la proposition de M. Sarkozy en ferait un droit collectif en le soumettant à la décision de la majorité. Pour M. Lyon-Caen, "cela signifierait qu'une minorité, les gens les plus exploités dans une entreprise, ne pourraient pas se mettre en grève".
Philippe Brun, avocat du droit du travail, renchérit : "Fondamentalement en France, à la différence des pays anglo-saxons, le droit de grève n'est pas un droit syndical, c'est une liberté individuelle." Dans la fonction publique seulement, la grève doit être déclarée par les syndicats, assortie d'un préavis. L'avocat, spécialiste des conflits, s'interroge : "Le vote à la majorité, cela veut-il dire que l'on pourrait bloquer une entreprise, les trains par exemple, si on vote la grève à la majorité ? : M. Sarkozy serait révolutionnaire !", s'amuse-t-il.
SYNDICALISME STIGMATISÉ
Derrière la proposition du ministre de l'intérieur, on trouve la volonté de refléter l'impatience d'une partie de l'opinion publique lorsque les conflits touchent les transports en commun ou l'école. Mais, prévient M. Lyon-Caen, "le problème du service minimum, c'est autre chose".
Des dispositifs comme le droit d'alerte à la RATP et à la SNCF ou la continuité du service dans les hôpitaux fonctionnent déjà. Alors, s'inquiète Marcel Grignard, secrétaire national de la CFDT, "M. Sarkozy stigmatise le syndicalisme, tout en professant qu'il veut le renforcer". Certes, "il arrive qu'il y ait des conflits où les relations entre syndicats sont dures et que les règles ne sont pas respectées", reconnaît le syndicaliste, en évoquant le long conflit de la Régie des transports marseillais (RTM) à l'automne 2005.
Lors de son congrès, en juin 2006, à Grenoble (Isère), la confédération de François Chérèque avait abordé le problème. La résolution, tout en réaffirmant le caractère intangible du droit de grève, proposait qu'il y ait une recherche systématique des "modes d'action les moins pénalisant possible pour les usagers", formule qui avait été débattue par les congressistes. Enfin, critique M. Grignard, "M. Sarkozy propose que la loi règle le problème avant même que les partenaires sociaux n'en débattent", et ce en plein débat sur l'amélioration du dialogue social.
Rémi Barroux et Philippe Ridet
La grève, un droit sévèrement restreint par Mme Thatcher et M. Major
Depuis une vingtaine d'années, le vote à bulletin secret pour décider ou continuer une grève est la règle au Royaume-Uni. C'est l'une des nombreuses mesures prises de 1980 à 1993 par les gouvernements conservateurs de Margaret Thatcher et John Major pour restreindre sévèrement le droit de grève.
Ces derniers entendaient alors mettre un terme aux désordres sociaux des années 1970 et 1980, période où les syndicats, omnipotents et politiquement non responsables devant l'électorat, avaient abusivement utilisé l'arme de la grève pour tenter de dicter leur loi aux chefs d'entreprise et à l'Etat, allant parfois jusqu'à paralyser le pays et à dresser contre eux une partie de l'opinion.
En vertu de plusieurs textes, dont le Trade Union Act de 1984, voté pendant la longue grève des mineurs qui s'est soldée par un échec syndical, et les Employment Acts de 1988, 1990 et 1993, le droit de cesser le travail est strictement réglementé. Les salariés doivent voter la grève à bulletin secret, informer leur employeur de la date de leur action et en préciser les motifs. La validité de leur vote est limitée à quatre semaines, sauf accord contraire avec l'employeur. Ce dernier peut demander à la justice de s'opposer à la grève. Si celle-ci est déclarée illégale, l'employeur peut licencier les responsables.
AMENDES
Les raisons d'une grève sont nécessairement liées aux conditions de travail ou aux possibles conflits dans l'entreprise concernée : salaires, "termes et conditions" de l'emploi, licenciement, discipline, appartenance syndicale. D'où une double conséquence. Primo, les grèves de solidarité avec des salariés d'une autre entreprise et celles qui résultent d'un mot d'ordre général - comme la défense des règles en vigueur pour les retraites - sont interdites. En août 2005, une grève de solidarité à British Airways a valu des amendes à trois délégués syndicaux.
Secundo, les grèves "sauvages" sont un motif de licenciement. Elles sont donc fort rares et surviennent généralement lorsque la cause des salariés est déjà perdue, comme en mai à l'usine General Motors près de Liverpool, quelques jours avant la suppression de 900 emplois. Les fonctionnaires ont une plus grande marge de manoeuvre dans la définition des "termes et conditions" les autorisant à faire grève. Ainsi les fonctionnaires locaux ont-ils massivement arrêté le travail pendant une journée, au printemps, pour défendre leurs retraites.
Depuis l'arrivée des travaillistes au pouvoir, en 1997, le Trades Union Congress (TUC), la Confédération des syndicats, qui regroupe 6,5 millions d'affiliés, n'a cessé de réclamer l'abolition des lois "antisyndicales". Peine perdue. A un ou deux détails près, Tony Blair a conservé la législation en vigueur. Les syndicats reviendront à la charge lors de leur congrès annuel, du 11 au 14 septembre, et en novembre, lors du centenaire de l'instauration du droit de grève. Ils n'ont aucune chance d'obtenir raison.
Jean-Pierre Langellier
En Italie, la loi encadre l'arrêt du travail dans les services publics
ITALIE
Le droit de grève, prévu à l'article 40 de la Constitution, "s'exerce dans la limite des lois qui le régissent". Il a fallu attendre 1990, soit cent ans après qu'il a été reconnu pour la première fois dans le code Zanardelli, pour que ce droit soit réglementé par la loi. Adoptée après les grandes grèves de 1988, la législation italienne encadre désormais l'exercice du droit de grève dans quinze "services publics essentiels".
La loi affirme "la nécessité de pouvoir concilier le droit de grève avec le droit à la santé, à la libre circulation, à la sécurité, à l'éducation et à la communication".
Elle a été adoptée avec l'accord des trois principales confédérations syndicales italiennes qui, dès 1983, s'étaient dotées d'un "code d'autorégulation" afin d'éviter au maximum, notamment dans les transports, les désagréments aux usagers.
Les restrictions de la loi de 1990 concernent l'emploi du secteur public, mais aussi les entreprises privées qui contribuent au service public.
L'Autorité de garantie pour le droit de grève, composée de neuf sages, est chargée d'examiner tous les accords de branche et décide de la légitimité de chaque mouvement. La loi, remaniée en 2000, impose un préavis de grève de dix jours, l'annonce d'une durée maximale et un service minimal dans le secteur public. Un tiers au moins du personnel doit travailler dans les écoles, les hôpitaux, le ramassage des ordures et les transports. Pour ces derniers, le service doit fonctionner de 6 heures à 9 heures et de 18 heures à 21 heures.
La grève est interdite à certaines périodes de l'année - vacances, élections, etc. -, et un délai "objectif" doit être respecté entre deux conflits.
En cas de non-respect, des réquisitions et des amendes individuelles et collectives pouvant atteindre 25 000 euros sont prévues.
Fin 2003-début 2004, au plus fort de la tension avec le gouvernement Berlusconi, ces menaces de sanctions n'avaient pas suffi à empêcher les Cobas (syndicats autonomes et radicaux) de mener des mouvements sauvages très durs dans les transports de plusieurs grandes villes.
ALLEMAGNE
La grève n'est que l'ultime recours utilisé par les syndicats en cas d'échec du processus de négociations avec les employeurs, prévu dans le cadre des accords collectifs. En cas de désaccord s'enclenche un mécanisme, très codifié, qui diffère selon les branches professionnelles.
Au-delà d'un délai prévu pour les négociations, les syndicats peuvent appeler à des grèves d'avertissement - un arrêt de travail d'une heure sur un seul site, par exemple - pour mettre la pression.
Si la situation reste bloquée, ils peuvent décider d'une grève en bonne et due forme. Une consultation interne est organisée : si 75 % des syndiqués votent la grève, à bulletin secret, elle débute. La reprise du travail doit être approuvée, elle aussi, à bulletin secret.
Contrairement aux pays nordiques, qui suivent un modèle relativement similaire, le gouvernement allemand ne peut pas imposer un médiateur en cas de grève qui affecte l'économie, ni forcer les partenaires à revenir à la table de négociations. Les grévistes allemands sont rétribués par les syndicats à hauteur de deux tiers du salaire brut.
Les fonctionnaires allemands ayant le statut de Beamte n'ont pas le droit de grève.
Jean-Jacques Bozonnet (à Rome) et Antoine Jacob (à Berlin)
Nicolas Sarkozy s'en prend à Ségolène Royal et s'oppose au mariage homosexuel
Source: le monde
Dans une interview à paraître, samedi 2 septembre, dans Le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy évoque les sujets qui nourriront, selon lui, la campagne pour l'élection présidentielle de 2007. Le ministre de l'intérieur s'en prend d'abord à celle que les médias voient comme sa plus sérieuse rivale et relativise l'existence d'un "phénomène Royal" : "Un phénomène s'analyse dans le temps, pas dans l'instantané", estime M. Sarkozy, qui se fait ensuite plus mordant, jugeant "que la contribution de Mme Royal au débat d'idées est proche de zéro". "Les seules idées, dans le vide sidéral du discours de Mme Royal, ce sont celles qu'elle m'emprunte et qui prennent son électorat à rebrousse-poil [ ...]. Elle a même été jusqu'à emprunter à Jean-Marie Le Pen sa formule ''Mes idées sont les vôtres'", conclut le probable candidat pour 2007.
Interrogé sur le possible retour de Lionel Jospin, le président de l'UMP se refuse à mentionner le nom de l'ancien premier ministre socialiste, et considère que "quel que soit le candidat socialiste, il sera dangereux". M. Sarkozy estime aussi que le clivage droite-gauche est nécessaire au débat démocratique, la solution pour une victoire de la droite consistant à assumer son identité : "J'ai contribué à décomplexer la droite française", revendique-t-il. Des complexes qui expliqueraient, selon lui, la montée du vote Le Pen – "J'ai essayé depuis quatre ans [ ...] de rendre inutile le Front national, en indiquant aux électeurs de droite que la droite républicaine était de retour" – vote dont Nicolas Sarkozy relativise l'importance, estimant que "si la France n'a que Le Pen comme problème, ce n'est pas un gros souci".
Evoquant une candidature de Jacques Chirac, M. Sarkozy prévient : "Chacun a le droit d'être candidat mais personne n'a plus de droits qu'un autre." Dans tous les cas, répète-t-il, "il n'y aura qu'une seule candidature UMP".
"OPPOSÉ" AU MARIAGE HOMOSEXUEL
Evoquant les thèmes probables de la campagne à venir, et ceux qu'il entend porter, le président de l'UMP estime que la campagne servira de "référendum" sur "les grandes alternatives d'intérêt national pour les Français" : "La récompense du travail, la reconnaissance du mérite, le nombre de fonctionnaires, le coût et la qualité des services publics, le montant de la fiscalité, les frontières de l'Europe, le niveau des dépenses publiques, la réforme de l'éducation, l'autonomie des universités, la question de la franchise pour l'assurance-maladie, la question d'une fiscalité écologique en substitution partielle à une fiscalité du travail."
Sur la question des sans-papiers, le ministre de l'intérieur martèle une nouvelle fois que "quand on n'a pas de papiers, on a vocation à être reconduit hors de France". Une position de fermeté que le ministre revendique aussi dans le domaine de la justice, dénonçant "certains tribunaux [qui] se sont fait une spécialité d'exonérer les mineurs de toute forme de responsabilité".
M. Sarkozy se dit également "opposé" au mariage homosexuel, "tout comme à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels", mais souhaite "créer un système qui, sur le plan fiscal, patrimonial et successoral, garantisse l'égalité entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel". "Mais le modèle qui est le nôtre doit rester celui d'une famille hétérosexuelle : les enfants ont besoin d'un père et d'une mère", ajoute-t-il.
Le Monde.fr
14 août 2006
le statut du livre de Sarkozy
Source: le monde
Littérature ou propagande ? Pour Témoignage, le livre de Nicolas Sarkozy (Robert Laffont XO, 288 p., 16,90 euros), la question n'est pas seulement d'ordre philosophique. Elle intéresse les juges, qui seront tenus de vérifier que, dans l'année précédant l'élection, les candidats ont répertorié toutes leurs dépenses de campagne, sans dépasser le plafond prévu par la loi.
Le président de l'UMP n'est pas le seul à devoir se poser la question et prendre ses précautions. La plupart des possibles candidats à l'élection présidentielle, à commencer par Ségolène Royal, ont prévu de sortir leurs ouvrages. Mais le succès du livre de Nicolas Sarkozy (275 000 exemplaires mis en place dans les librairies et numéro deux des ventes à la Fnac) et ses répercussions médiatiques font qu'il est le premier à s'aventurer sur les frontières floues qui séparent la campagne électorale du livre d'auteur.
Le Conseil constitutionnel, chargé pour l'élection présidentielle, de l'examen des comptes de campagne, a longtemps campé sur une position prudente. Il considère notamment que "la publication d'un ouvrage ne saurait, en principe, être regardée comme une action de propagande du seul fait que l'auteur de ce livre est candidat à une élection". Tout juste exigeait-il, depuis 1995 et l'examen des comptes de campagne du candidat Jacques Chirac, la prise en compte dans les dépenses de campagne de "toutes les dépenses effectuées en vue de sa promotion" ou, lorsque l'ouvrage ressemble trop à une profession de foi politique "le coût de l'édition et de la commercialisation" (décision du 11 octobre 1995).
Mais, il y a un an, le Conseil a semé le trouble dans les états-majors. Dans une note du 7 juillet 2005, intitulée "Observations sur les échéances électorales de 2007", il a notamment "préconisé (...) l'obligation pour le candidat d'éditer à compte d'auteur les ouvrages publiés en vue de son élection : les dépenses d'édition et les recettes seraient imputées au compte de campagne pour leur montant brut". "Cela pénaliserait les candidats auteurs de best-seller et réduirait d'autant leur budget de campagne !", s'inquiète un conseiller de M. Sarkozy.
Officiellement, l'équipe du président de l'UMP estime que le livre ne fait pas partie de la campagne de 2007. "D'abord, parce que Nicolas n'est pas encore candidat, ensuite, parce que ce n'est pas un livre politique..., en tout cas, pas à toutes les pages", explique son entourage. Bref, pour le moment "un livre comme les autres avec le financement de ses lecteurs". Pour autant, Jérôme Peyrat, directeur général de l'UMP, a été chargé de fournir une note juridique sur la question, et un avocat invité à procéder à une expertise.
Les conseillers de M. Sarkozy reconnaissent toutefois que tout ce qui se rattache à la promotion du livre sera réintégré dans les comptes d'une future campagne. "Mais pour le moment on n'en a pas eu besoin !", corrige un conseiller, qui juge suffisant l'écho médiatique.
Pour les opérations de dédicaces, l'état-major sarkozyste promet que les frais entraînés seront comptabilisés. "Pour l'instant, les dédicaces ont été réalisées à l'occasion de déplacements ministériels, entre midi et deux, ou lors de ses vacances, comme jeudi 3 août à Arcachon..." Mais pas question de reverser les droits d'auteur pour financer la campagne, "cela constituerait un lien concret juridique entre le bouquin et la campagne", proteste son entourage.
Christophe Jakubyszyn





