blog non officiel de Nicolas Sarkozy

présidentielle 2007 en France

23 juin 2006

La firme de Sarkozy

sa11Lunettes de soleil, costumes Ralph Lauren, téléphone portable dernière génération. Le tutoiement est de règle, la décontraction apparente, l'engagement entier. Prière d'appeler le patron "Nicolas", d'être rapide et précis. Si tout se passe comme prévu, on tapera dans la main du voisin, comme le font les sportifs après la victoire. Si les choses vont vraiment bien, la décompression aura lieu au Buddha Bar, un lounge bar à la mode, près des Champs-Elysées. Bienvenue dans l'équipe de Nicolas Sarkozy.

Un monde à part. Très masculin, plutôt jeune, capable de s'enthousiasmer pour un coup tactique ou le dernier tube du chanteur Calogero. Cette équipe-là est convaincue que l'action peut tout et qu'un peu de cynisme ne nuit pas aux convictions. A droite, ceux qui résistent à son emprise appellent cela "la firme". Référence au best-seller de John Grisham décrivant une entreprise totalitaire dominant entièrement ses cadres.

"Nous recevons chaque jour des dizaines de candidatures de types qui veulent travailler pour Nicolas", assure l'un de ces aventuriers de la politique. Mais pour en être, il faut être capable de sacrifier ses soirées et sa vie de famille au "patron". Savoir dénouer des crises, maîtriser la communication, manoeuvrer les députés, observer l'adversaire (Jacques Chirac, Dominique de Villepin, les socialistes, c'est selon). Et diffuser les informations pouvant lui nuire. Le fils cadet du couple Hollande-Royal est interpellé par la police, dans la nuit du 2 au 3 mai, après une soirée arrosée avec des copains ? Aussitôt, l'histoire est glissée à l'oreille des journalistes. Dominique de Villepin est sifflé en province ? Sa "disgrâce" est largement répercutée. Sarkozy perd quelques points dans les sondages ? Un argumentaire relativisant la baisse est aussitôt fourni.

"J'ai toujours pensé que la politique était affaire de professionnels", sourit le président de l'UMP. "Ce ne sont pas forcément des gens fous de débat, remarque le sénateur Gérard Longuet, nouveau venu chez les sarkozystes, mais leur côté va-t-en guerre est séduisant."

En face, les chiraquiens de longue date, les derniers fidèles de Dominique de Villepin, dénoncent cette "petite mafia". Ils savent que toute la bande joue les vierges effarouchées lorsqu'on évoque l'affaire Clearstream et assurent que les informations distillées dans la presse viennent directement de la place Beauvau. Matignon soupçonne le conseiller aux relations avec le Parlement, Frédéric Lefèbvre, 42 ans, cheveux longs ramenés en arrière comme les tueurs des films de Tarantino, de toutes les intrigues. N'a-t-il pas convaincu des dizaines de députés UMP de "sécher" la séance parlementaire du 16 mai, alors que le premier ministre affrontait une motion de censure.

Les villepinistes croient déjà entendre Pierre Charon, 55 ans, le plus drôle de la bande, faire le tour des rédactions de journaux pour glisser un écho vachard sur Matignon. Ils savent comment le chef de cabinet, Laurent Solly, 36 ans, réclame un compte rendu précis au préfet en place, lorsque Dominique de Villepin s'est rendu dans un département.

L'Elysée raille le réseau diplomatique que David Martinon, 35 ans, tente de constituer pour Sarkozy. Et s'agace de voir le directeur général de l'UMP, Jérôme Peyrat, 43 ans, ex-collaborateur de Jacques Chirac, fournir aujourd'hui à la bande sa connaissance de "l'ennemi de l'intérieur". Les chiraquiens s'insurgent de l'activité d'Emmanuelle Mignon, 38 ans, chargé de collecter les bonnes idées que son "patron" mettra en scène. Parfois, enfin, ils envient le recrutement par la "firme" du directeur de cabinet Claude Guéant, 60 ans, un préfet unanimement estimé qui encourage l'appétit des loups sarkozystes avec la sévérité et le paternalisme d'un entraîneur de football.

Un dernier ralliement remarqué. Celui du publicitaire Jean-Michel Goudard, le "G" d'Euro-RSCG. Depuis un mois, celui-ci s'est installé place Beauvau. M. Goudard avait été le maître d'oeuvre, avec Claude Chirac, de la réussite de Jacques Chirac, en 1995. Mais c'est chez lui à New York, qu'au lendemain de la défaite d'Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy avait passé deux semaines. Cette fois, Jean-Michel Goudard l'a promis, il veillera sur la prochaine campagne de "Nicolas".

Ce que les chiraco-villepinistes détestent par-dessus tout, pourtant, au-delà des arrogances du petit groupe qui navigue entre le ministère de l'intérieur et l'UMP, c'est l'ironie de Nicolas Sarkozy lui-même. Cet "air d'avoir déjà gagné" qui se manifeste lorsqu'il s'avance vers un ministre, un député ne l'ayant manifestement pas rejoint : "Et toi, tu comptes faire quoi l'année prochaine ?"

"C'était déjà les méthodes de Sarko en 1995", dénonce le député de l'Essonne Georges Tron, qui était, à l'époque, du côté des balladuriens et soutient aujourd'hui Dominique de Villepin. La plupart des députés villepinistes ont ainsi vu un rival, poussé par la direction de l'UMP, venir leur contester la présidence de leur fédération locale, lors des élections internes. "Les renforts policiers que j'avais réclamés, après les émeutes de banlieue, ne m'ont jamais été accordés, afin de me mettre en difficulté", affirme même M. Tron, qui ajoute : "Avec Sarkozy, si vous êtes un séide, tout va bien. Sinon, c'est la guerre." La guerre ? Une bataille en tout cas, dans laquelle le futur candidat UMP à la présidentielle paraît ne rien vouloir laisser au hasard.

Pas même sa vie privée. Dans la "firme", Cécilia Sarkozy avait une place à part. Contestée, parfois. Beaucoup passaient par elle pour accéder au "patron". Plusieurs hauts fonctionnaires ou députés avaient fini par lui attribuer leur mise à l'écart. "Elle seule avait la capacité de dire à Nicolas si un tel est fiable ou pas, assure Roger Karoutchi, sénateur des Hauts-de-Seine et ami du couple. Son jugement était juste, elle verrouillait." On l'avait même vu exiger de relire toutes les notes destinées à son mari, y compris celles de Brice Hortefeux, ami de vingt-cinq ans, aujourd'hui ministre.

Son départ, en mai 2005, n'a donc pas déplu à ceux qui acceptaient de se dévouer à "Nicolas", pas à son épouse. L'équipe s'est d'ailleurs immédiatement reconstituée. Un nouveau chef de cabinet, Laurent Solly, l'a remplacée et l'organisation autour du candidat n'a pas paru modifiée. Mais les multiples allers et retours de l'épouse, et surtout le retentissement donné à la crise traversée par le couple ont eu des conséquences. Ils ont donc été gérés à la fois comme une affaire personnelle et un sujet politique. La preuve ? Cet aveu de Nicolas Sarkozy : "Ce qui fait la crédibilité d'une ambition, c'est le prix personnel qu'on est prêt à payer pour l'assouvir. J'habite la même peau, quels que soient ma fonction et l'événement auquel je dois faire face."

Il n'empêche que le ministre de l'intérieur n'a pas hésité à convoquer et à faire pression sur le patron de First Edition, Vincent Barbare, afin qu'il renonce à la publication d'un livre sur ses déboires conjugaux. La plupart des journalistes et des directeurs de chaîne ont eu droit, eux aussi, à une leçon sur le respect de la vie privée dispensée par celui qui mettait si volontiers en scène son couple et leur fils, Louis. Aujourd'hui encore, Nicolas Sarkozy assure : "Ni Cécilia ni moi n'avons jamais parlé publiquement de divorce. Vous pouvez d'ailleurs écrire dans Le Monde : "Il refuse obstinément d'évoquer sa vie privée.""

Le nouveau retour à Paris de Cécilia Sarkozy, le week-end de la Pentecôte, a pourtant été aussitôt officialisé par une sortie publique main dans la main, chez un chausseur de luxe, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

L'épouse du président de l'UMP est apparue à nouveau, discrètement, dans les coulisses d'une conférence de presse. Ensemble, ils ont passé un week-end à Séville sous les objectifs des photographes. Elle a retrouvé un bureau Place Beauvau. Comme avant.

Car la "firme" s'est beaucoup inquiétée des conséquences politiques des difficultés conjugales de son candidat. Nicolas Sarkozy n'a jamais douté que Dominique de Villepin ironisait sur son compte à propos de ses déboires conjugaux. En décembre 2005, le responsable opinion publique de l'UMP, Manuel Aeschliman, a donc fait réaliser deux sondages qualitatifs en province - réputée plus rigide en matière de moeurs. Y figuraient plusieurs thèmes sur la sphère privée des élus, dont cette question : "Voteriez-vous pour un célibataire ?" L'équipe en a tiré la conviction que le célibat n'est plus discriminant. Mais Nicolas Sarkozy n'a pas caché qu'il le jugeait comme "un handicap".

L'équipe n'a pas échappé, dans cette tourmente, à un certain repli sur elle-même. A la fois pour protéger le patron et "parce que rares sont ceux, parmi ces jeunes gens, qui osent lui dire des choses désagréables", concède un élu sarkozyste. "Je n'ai pas de rapports de force avec mes collaborateurs", affirme pour sa part Nicolas Sarkozy. Mais qui oserait vraiment l'affronter ? La députée de Meurthe-et-Moselle Nadine Morano note ainsi "l'incroyable cortège qui accompagne Nicolas" dans le moindre de ses déplacements. Bien sûr, aucun de ceux qui entourent Nicolas Sarkozy ne s'imagine en courtisan. Mme Morano clame que, lorsqu'elle a été nommée secrétaire nationale de l'UMP, elle a prévenu le patron du parti : "D'accord, mais je ne suis pas là pour cirer tes pompes."

Les poids lourds, Patrick Devedjian, François Fillon, Roselyne Bachelot, Pierre Méhaignerie, Michel Barnier, Gérard Longuet, qui espèrent un ministère en cas de victoire, s'affirment "libres". Le flagorneur, c'est toujours l'autre. Mais le transfert de la "cour" - qui autrefois se pressait à l'Elysée ou à Matignon -, vers la place Beauvau est d'abord le signe d'un nouveau rapport de forces entre Sarkozy et les chiraquiens.

Nicolas Sarkozy n'a pourtant jamais cessé de placer ses pions. Son retour, en juin 2005, au ministère de l'intérieur a d'abord été pensé dans cette perspective. Tant pis si les résultats du ministère en matière de lutte contre la délinquance sont mitigés. Ce qui compte à ses yeux, c'est que, désormais, l'ensemble des patrons de la police et des renseignements généraux lui sont fidèles : Michel Gaudin à la direction générale de la police nationale, Martine Monteil à la tête de la police judiciaire, Frédéric Péchenard patron de la PJ parisienne, Bernard Squarcini préfet délégué pour la sécurité à Marseille, et Joël Bouchité, directeur central des renseignements généraux. "Je nomme les bons", se défend Nicolas Sarkozy. Mais, selon son entourage, il n'a pu obtenir le remplacement à la tête de la DST de Pierre de Bousquet de Florian, à qui il reproche de ne pas l'avoir prévenu dans l'affaire Clearstream.

Il n'a pas non plus, en apparence, bouleversé le corps préfectoral, si important en période électorale. Mieux, il a nommé à des postes importants plusieurs préfets venus de la gauche, comme dans son département des Hauts-de-Seine, où il a placé Michel Bart, ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement et de Daniel Vaillant. "S'il a montré son absence de sectarisme pour les grands préfets, note cependant un bon connaisseur du corps, la nouvelle génération de sous-préfets, celle qui arrivera aux responsabilités dans les toutes prochaines années, est très verrouillée par les sarkozystes."

Ces derniers feignent de négliger ces nominations. "L'idée qu'on puisse dominer l'administration est une utopie, assure le député des Hauts-de-Seine Patrick Devedjian. Ces gens-là vous jurent fidélité, mais ils s'occupent d'abord de leur carrière. Si Sarkozy est en position de gagner, il pourra compter sur leur zèle. S'il perd, ils prépareront le régime suivant."

Reste la presse. Nicolas Sarkozy la travaille depuis toujours. Sa force est de n'avoir jamais négligé les sans-grade tout en tutoyant la plupart des propriétaires de médias. On connaît sa proximité avec Martin Bouygues (TF1). Son amitié pour Arnaud Lagardère (Hachette). Ses bonnes relations avec Edouard de Rothschild (Libération) ou Bernard Arnaud (La Tribune). Arnaud Dassier, fils du patron de LCI Jean-Claude Dassier, a rejoint l'équipe UMP pour s'occuper d'Internet. Nicolas Sarkozy lance parfois aux journalistes qui l'accompagnent : "Je connais tous vos patrons." Surjouant la connivence, il peut prendre un journaliste par l'épaule tout en lâchant : "Ah, la complicité du pouvoir et de la presse !"

Mais il a une connaissance parfaite du fonctionnement des médias et de leurs contraintes techniques. A Cotonou (Bénin), où il effectuait un voyage à la mi-mai, alors que les communications Internet étaient trop encombrées pour que les télévisions nationales puissent diffuser leurs images, son staff est allé jusqu'à négocier avec l'Etat béninois pour qu'il réserve un instant toute la puissance de l'Internet local à TF1, France2 et France3. Enfin, lors des difficultés conjugales de Nicolas Sarkozy, on a vu Pierre Charon - "je suis l'oeil de Nicolas sur Paris", s'enorgueillit ce dernier - faire le tour des rédactions et des éditeurs pour menacer de procès ceux qui révéleraient le nom de la journaliste du Figaro, devenue un temps sa compagne.

Il va pourtant falloir gérer la suite : ces semaines d'incertitude qui le séparent du véritable démarrage de sa campagne. Et la montée en puissance de Ségolène Royal qui, en l'attaquant sur son créneau, veut faire la preuve que la "forteresse Sarkozy" n'est pas imprenable. Beauvau serait-il devenu un piège pour le candidat ? Le sujet reste l'un des plus débattus parmi les sarkozystes.

"Tu dois consacrer aux gens plus de temps et même accepter d'en perdre, lui a répété le publicitaire Thierry Saussez, ami de vingt ans. Pars du ministère à l'été. Ce sera une forme de respiration avant d'aller à la bataille." Mais qui aujourd'hui, parmi les affidés du candidat, l'imagine vraiment se retirer, même quelques semaines, sur son Aventin ? "L'ascèse du candidat ? Il n'en a pas le tempérament. Il n'y arrivera pas", assure Manuel Aeschliman. "L'approche d'un tel rendez-vous s'accommode mal d'une période de retrait", a tranché pour l'heure Sarkozy. Il laisse son équipe préparer arguments et ripostes contre tous les adversaires possibles. Lui, feint de n'y pas penser : "Je ne regarde pas sur les côtés. Je cours dans mon couloir."

source: le monde

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Le pas de deux de Max Gallo et Nicolas Sarkozy

Source: le monde
sa21L'ancien porte-parole de François Mitterrand, Max Gallo, et le probable candidat de l'UMP à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, officialisent leur rapprochement pour la dernière de l'émission de Franz-Olivier Giesbert, "Culture et dépendances", qui sera diffusée mercredi 21 juin sur France 3.


Timides, se souriant, se cherchant du regard, l'historien à succès et le ministre de l'intérieur se sont retrouvés pour célébrer la France. Le biographe du général de Gaulle et de Napoléon a adoré le discours prononcé par M. Sarkozy à Nîmes, le 9 mai, dans lequel il exaltait la grandeur de la France et fustigeait la manie de la repentance.

Soutien de Jean-Pierre Chevènement en 2002, M. Gallo s'est dit "tout à fait d'accord" avec cette vision, regrettant que les médias ne s'en soient pas suffisamment fait l'écho. "J'affirme que ce discours mériterait d'être lu et relu", a lancé l'écrivain admiratif qui, au passage, a félicité le numéro 2 du gouvernement d'avoir déclaré "comprendre" les partisans du non au traité constitutionnel européen.

M. Sarkozy lui a aussitôt retourné l'hommage, en affirmant que c'est une visite rendue auparavant à M. Gallo qui lui avait inspiré ce discours nîmois. Leur conversation a rassuré l'auteur de Fier d'être français (Fayard) qui, explique-t-il, craignait que M. Sarkozy ne soit pro-américain et communautariste. Peu avare de bonnes manières, M. Sarkozy a lancé : "On doit s'enrichir en rencontrant des gens différents."

Au-delà de l'anecdote, cet assaut d'amabilités télévisées est, pour M. Sarkozy, le signe que son discours porte aussi à gauche et notamment dans les anciens bataillons de M. Chevènement. Entre l'ex-ministre de l'intérieur et son successeur, les bonnes manières ne manquent pas.

Plusieurs collaborateurs du président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) ont vu leur carrière facilitée par le patron de l'UMP. L'ancien conseiller parlementaire de M. Chevènement, Didier Leschi, dirige le bureau central des cultes. Son ex-directeur adjoint de cabinet, Michel Bart, est aujourd'hui préfet des Hauts-de-Seine. Spécialiste de la Corse, Yannick Blanc dirige à présent la police générale à la Préfecture de police. Enfin, François Lucas, qui fut chargé des collectivités locales, est devenu préfet délégué à la sécurité en Bretagne.

"Nous avons été plutôt bien servis", estime l'un des heureux recasés du chevénementisme.

Philippe Ridet

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10 juin 2006

M. Fillon dénonce "l'esprit de revanche" du PS

Source: le monde

Que pensez-vous du projet socialiste ?

La naissance du projet d'un grand parti politique est un moment important du débat démocratique. Et mérite à ce titre autre chose que des critiques à l'emporte-pièce. Le projet du PS comporte quelques idées originales comme la fusion des minima sociaux, l'évolution de la législation sur la fin de vie ou encore tout ce qui rencontre nos propres réflexions sur la formation tout au long de la vie, les internats scolaires, la responsabilité du président de la République, le renforcement des pouvoirs du Parlement. Il a aussi des manques criants : il n'y a rien, pour le moment, sur l'intégration, sur la mondialisation ou sur les finances publiques.
 

Homosexualité : l'opinion divisée sur l'adoption
Tous les points du programme socialiste sont loin de trouver grâce aux yeux des Français : selon un sondage BVA-Le Figaro-LCI, publié vendredi 9 juin et réalisé auprès de 955 personnes selon la méthode des quotas, 50 % des sondés sont opposés au droit à l'adoption pour les couples homosexuels (48 % y sont favorables). En revanche, 92 % plébiscitent le développement des services publics, 82 % sont pour le smic à 1 500 euros en cinq ans et 73 % pour la pénalisation des communes ne respectant pas les 20 % de logements sociaux.

Même sur le droit de vote des étrangers aux élections municipales ou la régularisation des sans-papiers, ils suivent le PS. Parmi les candidats à l'investiture socialiste, Ségolène Royal reste en tête avec 43 % des Français qui la préfèrent à ses rivaux (55 % des sympathisants PS). Derrière elle, se trouvent Dominique Strauss-Kahn (13 %), Jack Lang (9 %, - six points), Lionel Jospin (8 %, - cinq points) et Laurent Fabius (avec 4 %, - quatre points).

Toutefois, ce qui me frappe le plus, c'est l'esprit de restauration qui anime le texte. Au lieu de se projeter dans l'avenir, de proposer une nouvelle frontière aux Français, le projet du PS est marqué par un esprit de revanche : abrogation de la réforme des retraites et des lois sur l'immigration, retour aux 35 heures pures et dures et aux emplois jeunes, renationalisation d'EDF. La France a déjà du mal depuis dix ans à entrer dans le XXIe siècle. Le PS, lui, défend un retour à 1997 (les années Jospin) et reste dogmatique.

Comment résumeriez-vous le volet économique de ce programme ?

Il a un côté anachronique. J'attendais une repentance sur les 35 heures. Non seulement il n'y en a pas, mais le PS considère maintenant qu'il faut aller jusqu'au bout de la logique de la réduction du temps de travail alors que plus aucun économiste ne soutient que cette réforme a été positive et que Mme Royal lui a réglé son compte avec une rare violence.

L'abrogation de la réforme des retraites est tout aussi emblématique du climat dans lequel le projet a été préparé. Non seulement le PS n'a pas su apporter la moindre réponse concrète au problème des retraites pendant ses quinze ans au pouvoir, mais surtout, il persiste à dire que l'allongement de la durée de la vie n'a pas de conséquences sur l'équilibre des régimes. Affirmer le droit à la retraite à 60 ans quand tous les pays européens repoussent l'échéance à 65 voire à 68 ans, c'est s'aveugler et faire preuve d'une irresponsabilité qui disqualifie les socialistes. Abroger, en outre, cela veut dire supprimer la loi de 2003.

Le PS veut-il redonner aux fonctionnaires un avantage de deux ans et demi de cotisation par rapport aux salariés du privé, revenir sur les départs anticipés ou sur la garantie de 85 % du smic pour les petites pensions ?

L'abrogation constituerait de plus un coup de poignard dans le dos de la CFDT et risquerait de compromettre la nécessaire modernisation des relations sociales. La droite peut-elle critiquer la renationalisation d'EDF et hésiter sur la fusion Suez-Gaz de France ? Il y a une hésitation sur la stratégie industrielle et le calendrier, pas sur le fond. Nous pensons qu'il n'y a pas de raison de conserver ad vitam aeternam dans le secteur public des entreprises concurrentielles. Plus aucun parti socialiste ou social-démocrate européen n'utilise aujourd'hui le mot renationalisation. Ce concept a disparu de leur vocabulaire. Là aussi, le PS est dans la volonté de revanche. Cela étant, l'expérience m'incite à une très grande prudence : il n'a pas fallu deux mois aux socialistes pour passer de la condamnation de la privatisation de France Télécom à sa mise sur le marché.
Où en est le projet de l'UMP ?

Nous avons procédé différemment du PS. Nous avons organisé 13 conventions - 6 restent à venir - sur tous les grands sujets. Nous y avons fait débattre des personnalités françaises et étrangères très différentes. Nous nous livrons depuis plusieurs semaines à un travail d'inventaire des idées novatrices qui ont émergé de ces débats. Des groupes de travail restreints, composés d'experts et de politiques, plancheront cet été pour faire naître des propositions nouvelles. Pour accorder la France au monde d'aujourd'hui, nous devons être créatifs. Une fois ce travail achevé fin juillet, Nicolas Sarkozy proposera le projet au vote des militants fin octobre. Il sera découpé en une dizaine de thématiques larges et originales. Il faut décloisonner. Nous avons des questions très difficiles à trancher : l'accompagnement des réformes, le pouvoir d'achat, les aspirations légitimes des Français à la sécurité et la libération de l'économie. L'équilibre des finances publiques reste-il pour vous un sujet majeur ? De deux choses, l'une : ou on a une stratégie de croissance forte avec une politique macro-économique permettant une vraie relance, et on peut faire des réformes structurelles en réduisant le déficit ; ou on est condamné à une politique de rigueur qui ne me paraît pas adaptée à la situation française. La réduction du déficit doit se concevoir sur une législature. Pour revenir à l'équilibre en cinq ans, et c'est notre objectif, il y aura des points de passage à négocier avec nos partenaires. On ne peut pas se satisfaire des contraintes actuelles qui ne tiennent aucun compte des changements de l'environnement économique européen et des charges internationales des grands pays.
Le PS propose d'augmenter les impôts. Continuerez-vous à les alléger ?

Le nécessaire rééquilibrage de nos finances publiques impose de nous en tenir à la baisse de l'impôt sur le revenu engagée sous cette mandature. Nous sommes décidés en revanche à supprimer les droits de succession et je n'écarte pas personnellement la piste d'une TVA sociale pour élargir le financement de la protection sociale et limiter les charges fixes sur l'emploi.

Propos recueillis par Claire Guélaud et Philippe Ridet

Posté par pyth à 12:31 - conseillers et amis - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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